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HISTOIRES NATURELLES
"Il y a quelque chose de merveilleusement doux dans cette
étude de la Nature qui attache un nom à tous les êtres, une pensée à tous les
noms, une affection et des souvenirs à toutes les pensées et l'homme qui n'a pas
pénétré dans la grâce de ces mystères a peut-être manqué d'un sens pour goûter
la Vie ."
Charles Nodier.
Il y a quelques années, je rendais visite à mon ami
entomologiste et grand chasseur d'insectes, Michel Ferrand, alors instituteur
dans un village de Guyane près de Maripasoula.
Nous partions chaque jour poser différents pièges dans une des toutes dernières
forêts primaires de la planète, aux environs de Wakapou. Il s'agissait de
capturer des insectes essentiellement coprophages.
L'année précédente, lors d'une expédition aux îles Célèbes, je voyageais sous la
canopée avec un troupeau de babiroussas, ce qui me permettait d'avoir en
permanence des excréments frais pour alimenter mes pièges.
Cependant, en Guyane, mon ami Michel avait dû organiser une collecte journalière
de matière fécale auprès des villages indiens environnants. Les métropolitains
de la station météo s'étaient également portés volontaires pour déféquer dans
des petits pots.
Nous disposions ainsi d'une grande quantité d'appâts pour nos chasses.

Comme chaque matin, à deux sur la moto de Michel, nous étions lancés à vive
allure sur la grande piste de latérite. A l'arrière de la moto, chargé d'un
lourd sac à dos rempli de petits pots, je me suis tout à coup assoupi à cause de
la fatigue accumulée et d'un accès de dengue. Comme je basculai en arrière, mes
deux bottes sont venues frapper Michel en plein sous les aisselles et la moto
s'est cabrée.
Après une "roue arrière" tout à fait prodigieuse, digne d'un Grand Prix, nous
nous sommes vautrés pêle-mêle dans le fossé. N'étant pas nous-mêmes
particulièrement coprophages nous avons gardé de cet incident un souvenir
mémorable.
Marc Soula
"Ce coléoptère a un vol très puissant et j'en ai su quelque
chose un jour où je chassais à la lumière; j'ai été presque étourdi comme par un
coup de poing en plein front; c'était un gros Megasoma acteon mâle qui, attiré
par la lumière, était venu se jeter sur mon visage. J'en ai eu une grosse bosse
pendant quelques jours. C'est le seul exemplaire que j'ai capturé
personnellement. J'en ai bien eu une série de mâles et de femelles, mais qui
m'ont été apportés par des forçats-bûcherons."
(Tiré de l'excellent "Mes chasses aux papillons" du grand Le Moult).
"Samedi 21 Octobre 1989 -11h00- Je pars en forêt en compagnie
d'un chien errant (appartenant sans doute à quelque ouvrier du chantier - du
barrage de Petit Saut, sur la Sinnamary; Guyane française -); l'animal me colle
aux basques, attentif et déjà fidèle; je suis posé sur une souche, près de la
rivière, Médor à mes pieds, lorsqu'une intense vibration envahit l'air humide -
trop fort pour un bourdon, pas assez pour un hélicoptère - ; à un mètre juste au
dessus de mon sac, un colibri intrigué m'offre son vol stationnaire (j'ai
entendu dire que les colibris sont attirés par le rose; c'est exact !); ses
ailes à une vitesse telle qu'on ne les voit pas; il hésite encore un instant
puis disparaît entre les arbres; plus tard, mon copain canin se levant d'un
bond, hume l'air avec frénésie, tournant en tous sens autour de moi, l'oreille
dressée et l'œil inquiet; "mais que…?" (me dis-je) lorsque, brusquement, je suis
suffoqué par une terrible odeur de ménagerie : l'odeur puissante des fauves du
Zoo de Vincennes (odeur - fauve - Amazonie = jaguar !); Médor est déjà à vingt
mètres, sur le chemin du retour; je remballe en vrac mes outils et file sur sa
trace en 5 secondes chrono, sans demander mon reste; je cours ainsi, l'air
ridicule, mon aquarelle entamée dégoulinant au bout de mes doigts, jusqu'au camp
où le chien disparaît comme il était venu."
(Du remarquable "La Croisière Verte - Mission Radeau des Cimes" de TRIPP)
"Lorsque les petits bergers berbères m'ont vu, dans la
campagne proche de Rabat, couché à plat ventre, en train d'observer les
scarabées sacrés qui roulaient leur boule de crottin, leur opinion sur mon
compte a été plutôt péjorative:
- Tu vois, le chrétien, il mange de la merde…
(…). La même chose m'est arrivée dans nos prairies normandes. Toujours à plat
ventre mais cette fois devant une bouse de vache énorme, juteuse, à l'endroit
exact où elle attire les scarabées coprophages qui m'intéressaient à ce moment
là. Mes scarabées se trouvaient bien au rendez-vous et je tentais de les déloger
en touillant la matière avec une paire de pinces. Survint un vieil indigène qui
se montra poliment surpris de voir un monsieur d'un certain age dans cette
posture pour le moins surprenante. Il me demanda ce que je fabriquais et quand
je lui appris que j'étais professeur et donc payé par l'Etat pour remuer la
bouse, il eut du mal à contenir son indignation et déplora que les impôts
servent à ce genre d'exercice."
(De "Une étrange Passion - Une vie pour les Insectes" de l'illustre Rémy
Chauvin).
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"Un matin où je grimpais dans la canopée (méthode "spéléo"…),
au Pérou, ma corde se détacha et je tombais brusquement de quelques centimètres
en tournoyant sur place. De la terre et des brindilles me tombèrent dans les
yeux, m'aveuglant. J'avais les mains encombrées de matériel et, pour me
stabiliser, je saisis avec les jambes une haute branche sur le côté - j'écrasais
alors, bien malgré moi, un jardin d'épiphytes qui recouvrait une fourmilière
protégée. Les ouvrières se glissèrent le long de mes jambes et se jetèrent sur
moi telles des kamikazes - Camponotus femoratus - réussis-je à penser tandis
qu'elles m'entaillaient la peau de leurs mandibules et déversaient de l'acide
formique dans mes écorchures; dure entrée en matière pour mon premier contact
avec un jardin de fourmis !"
"(…). Je suis surpris de voir combien de personnes (y compris celles qui
manifestent une passion pour les scarabées) ne voient pas en eux des êtres
vivants mais des objets d'art à épingler dans une boîte sans y penser. L'opinion
de ces aficionados pourrait changer s'ils rencontraient un Goliath géant
d'Afrique ou un Hercule d'Amérique; certains de ces géants sont aussi gros que
des oiseaux-chanteurs. Leur vol vous casse les oreilles comme celui d'un avion à
réaction. Ils s'adaptent superbement à la canopée et déguerpissent dans les
arbres sur de longues pattes. Lorsqu'on les attrape, ils s'agrippent
obstinément. Il faut parfois se mettre à deux pour détacher du bras d'un
troisième les six pattes à double pince d'un Hercule.
J'ai capturé un mâle de cette famille de Coléoptères lors de mon premier voyage
sous les tropiques, à l'age de dix-sept ans. Il avalait chaque jour un gros
morceau de banane et m'empêchait de dormir, la nuit, par sa bruyante
respiration. Il ne ratait pas une occasion de me montrer qu'il était vivant ! "
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(De l'excellent "Le Monde des Cimes - Exploration de la canopée tropicale" de
Mark Moffett)
Folles sont mes pensées envers toi, et brûlant mon désir de
te serrer dans ma main, avec une soif de plaisir incontrôlable pour ce que tu
m'as fait. La nuit était chaude et calme, et j'étais dans mon lit quand,
subrepticement, tu t'es approché. Tu as frôlé mon corps nu avec ton corps, sans
la moindre pudeur. Remarquant mon apparente indifférence, tu t'es pressé contre
moi et tu m'as mordu sans scrupule jusqu'à mes plus intimes recoins. Je me suis
endormi. Quand je me suis réveillé, je t'ai cherché avec une ardente avidité,
mais en vain. Tu avais laissé sur mon corps et dans les draps des preuves
irréfutables de ce qui s'était passé entre nous cette nuit-là.
Cette nuit, je me coucherai plut tôt pour t'attendre dans ce même lit. Quand tu
arriveras, je veux t'étreindre avec fougue et impatience. Je veux te serrer avec
toute la force de mes mains. Il n'y aura pas un millimètre de ton corps que mes
doigts ne toucheront pas. Je n'aurai de répit que lorsque je verrai le sang
chaud couler de ton corps. Ce n'est que comme cela que je t'éclaterai la gueule
!!! Saloperie de moustique !!!
(C'est un peu "lourd", j'en conviens… ).
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"Même des recherches ne portant que sur des groupes bien
déterminés de végétaux ou d'animaux ont apporté de précieuses informations. Ce
ne sont parfois que les pièces d'un puzzle au niveau de l'ensemble des êtres
vivants. Mais peu à peu, chacun se met à sa vraie place dans un schéma général.
La Systématique a certes un rôle immédiat en qualifiant un être comme un mot le
fait d'un objet. Elle a surtout pour but de reconstituer la phylogenèse et
l'ordre des parentés tel qui résulte de l'évolution.
La Systématique a même des applications pratiques. Des espèces très voisines,
que ne peuvent distinguer que des spécialistes avertis, ont parfois des rôles
bien différents dans les écosystèmes, mais aussi comme réservoirs ou vecteurs
spécifiques de germes pathogènes ou de parasites, comme ravageurs des cultures.
(…).La Systématique conserve ainsi une place éminente. Ceux qui la pratiquent ne
sont pas de simples collectionneurs réfugiés derrière des boîtes encombrées de
cadavres piqués sur des épingles.
Une collection d'histoire naturelle n'est pas une collection de timbres-poste
(mon propos n'est en rien péjoratif, car je suis moi-même philatéliste). En
dépit de ses détracteurs, la Systématique restera jusqu'à la fin des temps une
des disciplines fondamentales de la Biologie." |
(De "Et si on parlait un peu de la Vie" de l'éminent Jean Dorst, ancien
Directeur du MNHN).
UN INDUSTRIEL ALLEMAND CONSACRE SA VIE A EPINGLER DEUX
MILLIONS DE COLEOPTERES. UNE FABULEUSE COLLECTION QUE SE DISPUTENT BALE ET
MUNICH :
"Un coléoptère est mille fois plus sympathique qu'une mouche" plaide Michel
Brancucci, chef du Département d'Entomologie au Muséum de Bâle, ardent supporter
de la Collection Frey ("l'Empereur" du Loden). Intarissable sur les Coléoptères,
il souligne leur intérêt scientifique : ils sont remarquables par la diversité
des espèces qu'ils regroupent (400 000 pour l'instant…) et par l'habileté avec
laquelle, ils ont su s'adapter à toutes sortes de milieux naturels.
Frey a fait mieux que les autres amateurs. Avec plus de deux millions d'insectes
épinglés, il a constitué la plus grosse collection privée. Sa passion l'a pris
dès le collège et sa veuve raconte que ses premières boîtes emplissaient les
armoires conjugales. A 26 ans, il s'est voué presque entièrement aux insectes,
rachetant pas moins de 42 collections, partant autour du monde armé d'un
"parapluie japonais" qui sert à recueillir les insectes perchés sur des
branches; Barbara, sa femme, l'accompagnait souvent dans ses voyages et se
souvient qu'il faisait sécher ses proies dans les tiroirs des chambres de
palace, aux grand dam des femmes de ménage. Frey avait d'ailleurs établi un
classement bien particulier des palaces de par le monde. Méritaient cinq étoiles
ceux dont l'éclairage extérieur attirait les coléoptères. Un critère qui, après
tout, en vaut bien un autre.
Lorsque la maison familiale de Tuzzing, en Bavière, a été trop envahie, Frey a
fait construire au beau milieu de la propriété un musée pour abriter les 6500
cadres contenant les chères bestioles. Il a dû engager des savants pour l'aider
à déterminer et à classer les spécimens. Totalement autodidacte en la matière,
il a reçu de l'Université de Munich le titre de docteur honoris causa. Il était
en correspondance avec les entomologistes du monde entier et les spécialistes se
pressaient dans son musée qui renfermait 20 000 "types", les individus qui
permettent de définir une espèce.
(Tiré d'un article de "l'Hebdo" du 12 Novembre 1987)
Conflit germano-suisse
:
"Bâle hérite de 3 millions de scarabées".
Les Bâlois bourdonnent : après dix années de querelles juridiques, le
Musée d'Histoire Naturelle de Bâle s'enrichit de la plus grande collection
privée de coléoptères (du moment...).
Une précieuse cargaison a franchi, vendredi matin (24 octobre 1997...), la
frontière germano-suisse à Bâle à bord de trois camions. Il s'agit de la
collection privée de Georg Frey, un millionnaire bavarois, qui au terme d'un
feuilleton juridique de 10 ans est devenue la propriété de ce musée.
fabricant de lodens à Munich, G. Frey a voué un véritable culte aux coléoptères.
durant 50 ans, il collectionne toutes les petites bêtes à six pattes portant une
carapace qui lui tombent sous la main, se livrant, ainsi, à un travail de fourmi
(ndlr : il n'a pas seulement "bêtement" collectionné, mais aussi beaucoup
travaillé sur ses bêtes et décrit de nombreuses espèces nouvelles...). Pour
assouvir sa passion, il finance 40 expéditions, des Andes aux steppes de l'Asie
en passant par l'Himalaya. Et pour compléter son impressionnante galerie, il
rachète 65 collections privées pour faire de la sienne la plus grande du monde.
A sa mort, en 1976, la collections soigneusement répertoriée par G. Frey est
rangée dans le grenier de sa villa à Tutzing. Dix ans plus tard, Michel
Brancussi, le responsable du service d'Entomologie du Muséum de Bâle, la tire de
l'oubli en demandant à Barbara Frey, la veuve du collectionneur, de lui faire
une offre de vente. La collection est estimée à 2,3 millions de DM (7,7 millions
de francs).
Pour rassembler les fons nécessaires, M. Brancussi crée l'association "Käfer für
Basel" (scarabées pour Bâle) qui fait appel aux mécènes et à la générosité des
Bälois [ ... ].
La vente de la Collection Frey échoue car le Muséum de Munich la fait inscrire
sur la liste des "biens culturels allemands", empêchant ainsi un départ en
Suisse. L'association bâloise porte plainte. En vain.
Touchée par l'enthousiasme de ces Bâlois pour ses "Käfer", Barbara Frey décide
de braver les autorité allemandes : elle conclut, en 1987, un contrat de
location sur 30 ans avec l'Association bâloise dont elle fait l'héritière de la
collection. A sa mort, en 1992, le "bien culturel allemand" est transféré de
Tutzing au Muséum de Munich.
Les "héritiers bâlois" réclament leur bien. Un tribunal de Munich confirme, en
1994, la validité du testament. Mais la bataille juridique se poursuit.
Finalement, le jugement est définitivement confirmé en mai 1995 par la Cour
Constitutionnelle de Karlsruhe, l'instance suprême de la justice allemande. La
collection, déclarée propriété légale de l'Association "Käfer für Basel",
demeure cependant "bien culturel allemand" et reste de ce fait bloquée en
Allemagne. [ ...].
En attendant l'autorisation spéciale de sortie du ministère fédéral de
l'intérieur, les 3 millions de scarabées sont entreposés, en juillet 95, au
grenier du Museum am Lindenplatz de Weil-am-Rhein, la banlieue allemande de
Bâle. Bonn a finalement délivré l'autorisation de sortie, le 1er octobre
dernier, en se référant à "la bonne réputation de Bâle".
("Le pays" du dimanche 26 octobre 1997)
Les bizarreries de la Nomenclature :
"Et, feuilletant les Faunes, l'on tombe de temps en temps sur un
scutellohumeroconjunctobasimaculata ou sur un
nigrohumeraliscutellohumeroconjuncta qui témoignent d'une volonté d'accorder à
tout prix aux désignations une forte valeur sémantique. Ces noms ne sont
dépassés en longueur que de trois ou quatre lettres par la caricature qu'en
donne Isidore de Gosse dans un pamphlet : tel naturaliste est censé rebaptisé la
carotte Micromacroglucoxanthoerythroleucorhyzos pour la raison que ce légume est
petit ou gros, jaune ou rouge, et sucré : avec un tel nom, "pas moyen de ne pas
le reconnaître !".
(Emprunté à "Des animaux et des Hommes" de notre grand ami Yves Delaporte)
Le plus long taxon connu est Brachyta interrogationis interrogationis var.
nigrohumeralisscutellohumeroconjuncta Plavilstshikov, 1936.
On rencontre aussi :
cancelloidokytodermogammarus (Loveninsuskytodermogammarus) loveni
Dybowski
Leonardo davincii Bleszynski
La cucaracha Bleszynski
La paloma Bleszynski
Aha ha Menke, 1977
Agra vation Erwin, 1983
et du même Brachinus aabaaba
Ytu brutus Spangler, 1980
Colon rectum Hatch
Cartwrightia cartwrighti Cartwright, on est jamais aussi bien servi que
par soi-même !
Panama canalia Marsh
Chaos chaos Linné, 1758
Zyyyzzyx Pate
Zyzzyxdonta Solem
Zyzzuva Casey
Ababa Casey
Mamma Moersch
Papa Reichenbach
Paratype Felder
Cannabis Blyth
Les blancbonneti et bonnetblanci Rigout de notre cher éditeur,
et aussi :
Discodon petaini
Cryptocephalus petaini
Cryptocephalus lavali
Lema darlani ...
et les célèbres Anophtalmus hitleri Schreibel et Rôchlingia
hitleri Gûthorl !
LA CANTHARIDE :
"Le coléoptère le plus utilisé en médecine, jusqu'à une date récente, est la
cantharide ou "Mouche de Milan" qui était naguère le type des coléoptères
vésicants :
"Ces insectes jouissent d'une faculté particulière, celle de produire sur la
peau la formation de vésicules remplies de liquide séreux. La science médicale
utilise souvent avec bonheur cette vertu inflammatoire et attractive pour
rétablir notre santé altérée." (Mulsant)
Mais elle passait aussi pour un puissant aphrodisiaque. Les "dragées d'Hercule"
et autres préparations, contenant de petites quantités de poudre de cantharides
mêlée à du chocolat ou du sucre, étaient absorbées par les hommes qui voulaient
renforcer leur virilité :
"L'ingestion de cette poudre détermine des émissions d'urines sanglantes et une
grande irritation des organes génitaux, avec priapisme opiniâtre et souvent
délire vénérien insatiable ! Aussi cette poudre est fréquemment entrée dans des
préparations, comme pastilles, opiats..., destinées à assouvrir la lubricité."
Quoi qu'il en soit, sa réputation d'aphrodisiaque est surfaite et dangereuse.
Son action principale est d'irriter l'urètre, ce qui peut en effet provoquer une
forte érection et un gonflement du gland, par une excitation réflexe dont le
point de départ se trouve dans les muqueuses urinaires enflammées.(....).
Parfois, si la dose absorbée est trop forte, des accidents mortels peuvent se
produire. Ces phénomènes sont provoqués par un alcaloïde très puissant, la
cantharidine, dont 50 à 100mg suffisent à provoquer la mort par un choc
hémorragique."
(D'après l'excellent et très documenté "Le Scarabée et les Dieux" de notre
collègue et ami Yves Cambefort).
La passion peut sauver :

"Incarcéré sous le Directoire et compris dans un groupe de
condamnés à la déportation en Guyane, celui qui allait devenir "le Prince des
Entomologistes", Latreille, trompait son ennui en étudiant un petit coléoptère
bleuté qui lui était inconnu et qui vivait en abondance dans les locaux
pénitentiaires où il consommait les asticots multipliés par une hygiène
lamentable. Cette attention apportée à un chétif insecte, dans ces conditions,
frappa l'un des geôliers qui s'en ouvrit à des personnalités bordelaises
importantes. Celles-ci s'émurent et obtinrent la libération de Latreille, au
moment où ses compagnons de captivité s'embarquaient pour un voyage vers les
Amériques qui se termina quelque part dans l'Atlantique. Revenu à ses études,
Latreille reconnut le rôle de l'Insecte en le baptisant Necrobia - la Vie dans
la Mort."
(Du très intéressant "Les Coléoptères à la conquête de la Terre" de l'éminent
Renaud Paulian - chez BOUBEE).
Miam-miam :
"Les civilisations au stade de la cueillette ont certainement
toutes fait une large place à la consommation de larves et d'adultes de
Coléoptères : Scarabéides, Lucanides, Cérambycides, Buprestides et Curculionides
ont ainsi contribué à nourrir les hommes un peu partout; au Mexique et à
Madagascar, des coléoptères aquatiques sont aussi consommés.
Une grosse larve de Scarabéide représente une aubaine intéressante, et dans
beaucoup de populations tropicales et rurales, les enfants complètent leur
alimentation par la capture de telles proies. Outre leur valeur énergétique, non
négligeable, les larves de coléoptères ont une teneur élevée en vitamines, dont
l'importance est grande pour les peuples tropicaux.
Cet usage diffus est très généralement attesté, mais il y a peu de coléoptères
qui soient l'objet d'une exploitation systématique accompagnée d'une
commercialisation, comme cela se produit pour…"
(Voir le très bon livre cité précédemment).
Une charmante anecdote pour les amoureux de l'Amazone (dont je fais partie…!) :
"- Nao fassa isso !… la pression est tombée, accoste !…
Les machines s'immobilisèrent. Entraînés par le courant violent, nous reculions
sous les acclamations délirantes de ce public bariolé (ndlr : Arrayal da
Conceicao), heureux d'assister à une réjouissance aussi rare.
Quelques caïmans dormaient, les mandibules en angle droit, sur un banc de sable
chaud de la rive opposée. Pris de panique par l'arrivée inopportune de l'arrière
du navire, ils cherchèrent un refuge au fond de la rivière.
Le gouvernail creusa un profond sillon dans ce sable d'or, et sa tôle, formant
charnière, se tordit comme une mince feuille de papier, pendant que l'avant
tournait dans le sens du courant.
En travers du fleuve (ndlr : l'Iça), le bateau dérivait lentement et les échos
atténués de la population en liesse nous apportaient encore des : Bravo !
Antonio !
Une demi-heure après, par une marche en crabe grâce au gouvernail faussé, nous
abordions enfin.
Noble et digne, l'homme de barre hurla dans le porte-voix de la machine,
l'ultime manœuvre :
- Stop !…
A l'avant, le cuisinier, devenu maître de manœuvre, lança à une main
bienveillante un filin trop court qui retomba à l'eau.
Le capitaine Antonio en avait vu d'autres depuis qu'il commandait le
Marquez-de-Chavez. Sans se démonter, il lança ce nouveau commandement :
- Un peu plus vite que stop !…"
(De "5000 km EN AMAZONIE", par Roger Courteville, chez Flammarion).
Beuuuuh ... :
"La peau du serpent, d'un bon mètre de largeur, fascine mon attention. Je
cherche à me représenter l'importance du monstre de son vivant. N'ai-je pas déjà
lu, dans une revue de Rio, qu'un fazendeiro de l'Etat de Céara, parti à cheval
de sa ferme, fut attaqué dans un bois par l'un de ces reptiles enroulé à un
arbre ?
Le cheval, pris de peur, désarçonna le malheureux cavalier déjà entouré par les
anneaux. Son personnel tua la bête quelques jours plus tard. Au milieu de la
bouillie sanglante contenue dans l'estomac, on retrouva bottes et éperons avec
30 contos de reis que le défunt avait enfermés dans une blague en caoutchouc.
Intuition ou divination; le latex est le seul produit résistant à l'action
destructrice de la paroi stomacale…"
(Du même "5000 km EN AMAZONIE", par Roger Courteville, chez Flammarion).
"Scarabiasis" ou "canthariasis" :
"On a signalé plusieurs cas où des coléoptères, ayant pénétré dans les orifices
du corps humain, avaient produit divers dommages. Un exemple célèbre et
dramatique est celui du capitaine Speke, le célèbre explorateur de l'Afrique
Orientale qui découvrit le lac Victoria : un "scarabée" ayant pénétré dans son
oreille avait failli le rendre fou de douleur; les blessures qu'il s'était
faites avec un canif pour tenter de l'extraire mirent plusieurs mois à guérir.
On connaît aussi plusieurs cas de pénétrations dans le nez...
Mais le plus souvent, c'est par l'anus ou le vagin qu'a lieu la pénétration. La
médecine légale connaît ces phénomènes sous le nom de "scarabiasis" lorsque le
coléoptère en cause est un scarabéide (Onthophagus ou Caccobius) ou de "canthariasis"
lorsqu'il appartient à un autre groupe (Tenebrio, Blaps, etc).
De nos jours, scarabiasis ou canthariasis n'ont été signalés que rarement sur
des personnes vivantes, en particulier en Inde et à Ceylan. Ils étaient sans
doute beaucoup plus fréquents autrefois, quand une hygiène défectueuse les
favorisait : Au XVII siécle, Aldrovandi signale "l'accouchement" d'un "scarabée"
par une femme; c'était sans doute la simple expulsion d'un insecte ayant pénétré
de lui-même dans l'anus ou le vagin. Vers la même époque, le médecin anglais
Mouffet rapporte l'évacuation "postérieure" (downward...), par une vieille
femme, d'un grand coléoptère noir tout vivant; il s'agissait probablement d'un
Blaps et donc d'un cas de canthariasis..."
(D'après l'excellent et très documenté "Le Scarabée et les Dieux" de notre
collègue et ami Yves Cambefort).
Il pisse des coléos :
Un indien de 13 ans a uriné...des coléoptères ! Le jeune garçon avait en effet
abrité dans son corps des oeufs qui ont produit dans ses urines des insectes
ailés et longs de plus d'un demi-centimètre, a déclaré un responsable de la
Santé Publique de L'Etat du Bengale-Occidental; le Dr. Maity a expliqué que
l'enfant se plaignait de douleurs dans la région de l'aine en urinant...
(France Soir du 18/VI/2003)
L'invasion :
Juin 1985 : la presse locale répand la nouvelle : un sinistre
rampant vient perturber le monde agricole, dans les cantons sud-ouest des
Deux-Sèvres; ce fléau paraît ignoré de l'antique Egypte, quand Dieu frappait la
terre des Pharaons des dix plaies vengeresses et, comme il ne connaît pas de
frontières administratives, il chevauche généreusement la Charente-Maritime et
dévaste la forêt de Benon : ce sont les chenilles défoliatrices. Peu exigeantes
sur la nourriture, elles ont dénudé les bois et les
haies, et maintenant, possées par la faim, elles envahissent jardins et vergers et pénètrent même dans
les maisons ! On avance des noms : Bombyx disparate (Lymantria dispar) et
Processionnaire du chêne (Thaumetopoea processionea)[...]. Futaies,
taillis et buissons semblent brûlés par un feu dévastateur; mais plus encore,
c'est un bruissement insolite qui étonne l'oreille ! Le ciel est d'un bleu
candide; pas un nuage, pas un souffle d'air, et pourtant, on perçoit un
froissement confus der feuillage en même temps qu'un pianotement léger, discrète
symphonie dans ce paysage morne et figé, comme si une ondée molle de printemps,
chuintant d'une invisible nuée, heurtait d'imaginaires frondaisons; serait-ce
l'esprit de l'air qui abuserait mes sens, comme dans une comédie de Shakespeare
? Mais l'analyse dissipe la féerie ! La cause, Ô combien matérielle, rampe dans
la broussaille : il y a là des milliers de chenilles errantes; ensemble, elles
découpent en festons, de leurs mandibules tranchantes, des restes de
parenchymes, ensemble, elles fientent et de de petites crottes fermes
rebondissent de brindille en brindille et tombent sur la couche de feuilles
mortes ! Adieu, l'extravagant, l'imaginaire !
[...]. Les promeneurs sont invités à ne plus se rendre sur les lieux infestés et
cela durant plusieurs mois; on rappelle les risques d'allergie, le danger réel
d'inhalation des poils urticants, les complications possibles pulmonaires et
oculaires. sages conseils ! cde fait, des exuvies diaphanes pendent en grappes
serrées, accrochées à des bourses de soie; il en est par milliers, prêtes à
voltiger au moindre souffle d'air [...].
Juin 1986 : [...]. Le fléau se sera déplacé vers d'autres
lieux; la télévision ne vient-elle pas de diffuser des images aberrantes ? A 800
km de là, "l'Alpazur" est paralysé sur ses rails englués de cadavres; on a
filmé, en gros plans, les vedettes de ce fait divers : ce sont des
Processionnaires ! Pour dégager la voie montante, les cheminots ont usé du balai
: ils n'y ont gagné qu'éruptions allergiques; et le feu et les insecticides
eux-mêmes seraient inefficaces tant l'armée ennemie est nombreuse et sans cesse
renouvelée. Tant pis ! Au siècle du TGV, on roulera au pas !
(Ces charmantes lignes sont de notre collègue Louis Cloux,
dans le Bulletin "Sciences Nat n°54)
Les différents types d'entomologistes :
Voici un beau texte de 1842 qui ne manque pas d'humour et dans lequel nombre
d'entre nous se reconnaîtront encore aujourd'hui (emprunté au dernier excellent
bulletin de l'ACOREP) :
"Et d'abord, qu'est ce qu'un entomologiste ? la définition n'est pas aussi
simple qu'on pourrait le croire, car chez ces êtres, comme dans leurs
collections, il y a une foule de variétés :
Il a l'entomologiste collectionneur , dont la vocation n'est point spéciale, et
qui ne fait qu'obéir au développement particulier de son crâne, qui l'a voué dès
sa naissance à la manie des collections. Il ramasse et amasse des insectes comme
il ramasserait des plantes, des coquilles , des médailles, des bouquins et
souvent en effet il cumule tous ces goûts. Réunir le plus possible d'objets
soigneusement rangés et étiquetés, pouvoir se vanter de posséder seul tel
Carabus ou tel Elvézir, tel est son suprême bonheur. Du reste, il use peu ou
point de ses propriétés une fois acquises; chaque objet a sa place dans son
casier et dans sa mémoire, mais il ne sort pas plus de l'un que de l'autre.
Il y a l'entomologiste commerçant, qui reporte sur la Science une vocation pour
le négoce qui n'a pu s'exercer autrement. Celui-là ne rêve qu'échanges,
correspondances, comptes ouverts, ventes et achats. Ce qui n'est pour le premier
qu'un moyen de se procurer les objets qui lui manquent devient pour lui le but
principal. Tombe -t-il sur une espèce recherchée, il en remplit ses boîtes, son
chapeau, ses poches. Il cote la valeur de chaque bestiole et consent à rabattre
quelques centimes s'il manque une patte ou une antenne; du reste, il déploie
dans l'exercice de ses goûts une activité, une adresse, un arsenal de ruses et
d'éloquence commerciales, qui l'auraient mené loin dans une autre partie !
Pour l'entomologiste voyageur, les insectes ne semblent qu'une occasion de
courir le monde; son imagination ardente lui représente sans cesse des forêts
obscurcies par le vol des lépidoptères ou de prairies dont chaque brin d'herbe
est chargé d'un coléoptère. L'expérience ne le guérit point et, s'il a parcouru
4 parties du monde, c'est dans la cinquième qu'il placera cet impossible
Eldorado. C'est du reste un héros pour le courage et la persévérance; les
dangers ne sont rien pour lui et partout où surgit un Cook, un Laplace ou un d'Urville,
il ne manque jamais à l'appel.
Son opposé est l'entomologiste observateur, qui sort peu de son jardin, où il
passe sa vie à suivre les manœuvres du nécrophore ou les pérégrinations de la
fourmi. Celui-là lit peu ou point de livres et, les faits les plus connus étant
nouveaux pour lui, le nombre de ses jouissances défie les plus étroites limites.
Aussi ce goût d'observation se rencontre-t-il souvent dans les hommes les plus
illettrés, chez lesquels il témoigne d'une franche admiration pour les beautés
naturelles.
L'entomologiste classificateur est tout différent. Il vit au milieu des livres
et accepte généralement comme prouvé tous les faits qui y sont consignés ou
plutôt il s'en inquiète peu. Un coléoptère a-t-il 4 ou 5 articles aux tarses,
voilà pour lui la question capitale. Il écrira des volumes pour prouver que tel
qui paraît avoir 4 segments en a en réalité 5; seulement ce cinquième n'est pas
visible, voilà tout ! Il ne se soucie que médiocrement des affinités des espèces
entre elles et de la conformité de mœurs ou d'habitudes par laquelle la Nature
semble avoir voulu les rapprocher; pour lui, la Vie même est une faculté
accessoire : il n'étudie que des cadavres !
Enfin, il y a l'entomologiste amateur, à qui le ciel n'a départi qu'une seule
étincelle du feu sacré. Il ne recueille que les insectes les plus brillants, ne
se tourmente nullement pour trouver leurs noms et leurs genres et emploie tout
son temps et tous ses soins à les disposer, avec la symétrie d'un maître
d'hôtel, dans des cadres élégamment dorés qu'il append dans sa chambre à
coucher, au-dessus du piano ou de la couseuse."
("Les Entomologistes peints par eux-mêmes", d'Achille Guenée, 1842)
UNE PARTIE DE PÊCHE DANS L'ACRE :
"Dans un méandre, nous rencontrons une pirogue arrêtée avec trois hommes pêchant
à l'épervier. D'un geste élégant, ils lancent leur filet qui s'arrondit dans
l'eau comme un parachute. Ils ressemblent assez au joueur de banjo du film
"Délivrance" ! Au deuxième coup de filet, le plus hideux des trois remonte une
longue anguille, et dans le même temps, un autre dépose une grosse carpe blanche
au fond du bateau.
Les hommes s'amusent à nous prêter un filet. Arthur essaye le premier mais il ne
prend qu'une multitude de poissons-chats aux piquants venimeux et des petits
piranhas aux dents pointues. Les hommes s'empressent de leur couper la tête, les
nageoires et les piquants. Caddy est encore moins chanceux et, maladroitement
accroche le filet au fond de l'eau. Les hommes qui nous ont dissuadés de nous
baigner parce qu'ils savent bien que leur rivière est infestée de piranhas et de
crocodiles, n'hésitent pas à plonger pour aller décrocher le filet.
Quant à mes propres expériences de pêcheuse, elles sont plutôt grotesques :
j'attache l'extrémité de la ficelle à mon poignée gauche comme on me l'a montré,
je prends dans ma main gauche le haut du filet, dans ma droite le bas et, dans
mes dents le milieu. Le filet doit s'arrondir à la surface de l'eau. Je lance de
toutes mes forces et… vlan. Mais j'oublie de desserrer les dents et, entraînée
par mon élan, je pique du nez dans la gueule des piranhas, en faisant chavirer
la pirogue. Nous en sommes tous quitte pour un bon bain et les poissons ont
rejoint leur élément naturel.
- "Forte, molto forte, natoure", s'exclament ces hommes qui ne m'en veulent pas du
tout et rient en exhibant leurs gencives édentées.
- C'est une chance que vous ayez eu des dents naturelles, reprend Arthur, sinon
votre râtelier serait parti dans la rivière !
Les hommes reprennent donc leur filet et, au bout de quelques minutes, la
pirogue déborde de gros poissons. Ils nous conduisent dans leur cahute où leurs
femmes nous préparent un déjeuner succulent. Que cela fait du bien de savourer
du poisson frais aromatisé aux tiges d'oignons; enfin un plat délectable ! Je
suis affamé et je dévore presque autant que Caddy et Arthur dont les appétits
m'ont toujours étonnée. Bien qu'habitant dans la plus primitive des cahutes, et
malgré leurs mines de spectres, ces gens ne sont pas du tout sauvages ou
hostiles aux visiteurs. Les femmes nous parlent avec beaucoup de gentillesse et
de curiosité. Le fait que nous soyons de tout jeunes mariés en pleine lune de
miel les amusent beaucoup et elles nous souhaitent beaucoup, beaucoup
d'enfants."
(Du très sympathique et rafraîchissant "L'équipée amazonienne" d'Evelyne Coquet,
chez Robert Laffont).
Les insectes lumineux :
|
"Les
lampyres mâles et femelles se reconnaissent entre eux et signalent
qu'ils sont prêts pour l'accouplement, moins par la luminosité (les
mâles peuvent même être attirés par des éclairs lumineux artificiels)
que par la durée des intervalles entre chaque éclair. Pour l'un des deux
sexes, ces signaux sont normalement courts et se succèdent très
rapidement, jusqu'à 8 éclairs par seconde; chez le partenaire au
contraire, ils sont isolés et prolongés. Chez quelques espèces,
l'émission de lumière est au contraire très lente : un mâle brillera
seulement toutes les 5 ou 6 secondes et la femelle répondra 2 secondes
plus tard. De plus, l'intensité lumineuse est variable selon les taxons.
Sous les Tropiques, certaines espèces s'assemblent chaque nuit sur des
arbres particuliers; alors des milliers de mâles et de femelles vont et
viennent d'une branche à l'autre, faisant clignoter leurs lumières tout
en se déplaçant, tandis que de nouveaux arrivants viennent en volant se
mêler au ballet. L'arbre est transformé en une scintillante pyramide
d'étincelles et est entouré d'un nébuleux halo; même les grosses pluies
n'ont pas d'action sur l'activité de ces insectes.
Un des plus stupéfiants phénomènes offerts par certains de ces Lampyres
tropicaux est également présenté quand les mâles s'envolent par milliers
des herbes et des broussailles pour se rassembler sur les arbres,
émettant de la lumière à perte de vue; cet étrange comportement n'est
pas sans rappeler celui des mâles de certains "oiseaux du Paradis" qui
s'assemblent en nombre sur un arbre isolé où ils se livrent à leur
somptueuse parade nuptiale. Les lampyres s'illuminent en même temps,
éclair après éclair, en complet synchronisme, comme si, contrôlés par un
alternateur, les formes des arbres se découpaient momentanément dans
l'obscure nuit tropicale. |
En plus des Lampyrides, les larves et les adultes de quelques autres espèces
produisent de la lumière. La plus connue est le Taupin d'Amérique tropicale du
genre Pyrophorus, souvent appelée "Mouche de Feu". Ces utiles ennemis des
parasites de la canne à sucre sont des insectes brunâtres de 2 à 4 cm; leur
lumière, le plus souvent verte, est émise de 3 endroits : sur le dos du pronotum,
un peu en avant de ses angles postérieurs aigus et, en dessous, à la base de
l'abdomen; d'autres espèces ont une lumière abdominale rougeâtre et peuvent
émettre en deux couleurs, comme un "feu rouge" de circulation ! La lumière émise
par ces Pyrophores est la plus puissante de celle émise par les coléos. ; avec
un de ces insectes dans la main, on peut lire un journal dans la nuit ! Aussi
longtemps qu'il est maintenu, il continuera à émettre mais s'arrêtera dès qu'il
est relâché; ce fait suggère ici que la fonction de la lumière est sans doute
d'effrayer les ennemis. Les jeunes indiennes les fixent souvent à leurs cheveux
ou à leurs vêtement, dans un petit sac en filet, comme une superbe décoration;
de même, quand le coléo. est maintenu dans une cage, il constitue une véritable
lampe vivante pour éclairer la case."
D'après le fameux "Insectes du Monde" de Walter Linsenmaïer).
DES TEMPS HEUREUX :
"Il faut d'abord évoquer les déprédations désastreuses qu'ils commettaient
alors. Ainsi, en 1688, les hannetons détruisirent toute la végétation du comté
de Galway, en Irlande, de sorte que le paysage prit un aspect hivernal. Le bruit
de leurs mandibules dévorant les feuilles était comparable au sciage d'une
grosse pièce de bois, et, le soir, le bourdonnement de leurs ailes résonnait
comme des roulements éloignés de tambours. Les habitants du pays avaient peine à
retrouver leur chemin, aveuglés par cette grêle vivante. En contrepartie, des
hannetons furent servis à tous les repas, cette année là, dans le comté. En
1804, des nuées immenses de ces insectes, précipitées par un vent violent dans
le lac de Zurich, formèrent un banc épais de cadavres amoncelés sur le rivage,
dont les exhalations putrides empestèrent l'atmosphère. Le 18 mai 1832, à 21 h,
la route de Gournay à Gisors fut envahie par de telles myriades de hannetons
qu'à la sortie du village de Talmoutiers les chevaux de la diligence, aveuglés
et épouvantés, ne purent avancer. En 1841, les vignobles du Mâconnais furent
ravagés et des nuées s'abattirent sur la ville même de Mâcon au point qu'on
avait grand-peine à s'en garantir et qu'on les ramassa à la pelle dans les rues.
Sous la Troisième République, les entomologistes firent des dénombrements plus
précis; c'est ainsi que dans le canton de Gorron (Mayenne), entre le 8 mai et le
12 juin 1887, on ramassa à la main près de 100 millions de hannetons adultes,
pesant environ 75 tonnes !
(.....). Cette année là (1497), l'évêque de Lausanne chargea un clerc d'aller
proclamer aux hannetons, en latin, une sommation à comparaître avant 6 jours
devant le tribunal épiscopal. Les hannetons ne bougèrent pas des champs et ne
vinrent pas au tribunal... Après leur avoir accordé un sursis, un second
mandement fut proclamé, où ils étaient qualifiés de "vermine détestable, qu'on
ne peut appeler animale, ni d'ailleurs nommer en aucune façon". Mais ces
créatures innommables n'en furent pas autrement émues. Comme elles ne voulaient
rien entendre, il fallut se résoudre à sévir : le clergé se rendit en procession
dans les champs et la sentence suivante fut rendue :
"Nous, Bénédict de Montferrat, évêque de Lausanne, ayant entendu la plainte des
fidèles de notre diocèse à l'encontre des hannetons, armé de la très Sainte
Croix et tourné vers Dieu, de qui proviennent les justes sentences, déclarons
coupable l'infâme engeance des hannetons, les frappons d'excommunication et les
maudissons au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit ". Ce jugement est
resté célèbre comme un des seuls cas d'excommunication prononcée à l'encontre
d'insectes !"
(D'après l'excellent et très documenté "Le Scarabée et les Dieux" de notre
collègue et ami Yves Cambefort).
Une recette culinaire pour
coléoptériste :
"Prenez une trentaine de hannetons bien vigoureux et
dépouillez-les tous vivants de leurs élytres, puis réduisez-les en pâte dans un
mortier. Le scarabée étant réduit en pâte, faîtes frire dans le beurre frais,
puis ajoutez du bouillon fort ou faible, ou même de l'eau, et faîtes chauffer.
Enfin, versez à travers un tamis de crin sur des tranches de pain blanc grillé
et ...dégustez !
Le consommé de hannetons l'emporte incomparablement en délicatesse, en saveur et
en parfum sur la meilleure soupe d'écrevisses. Un préjugé seul peut priver
l'homme de cette fine nourriture essentiellement propre aux convalescents; mais
lorsqu'on aura triomphé de cette répugnance irréfléchie, les hôpitaux auront
fait une belle acquisition".
(Recette allemande provenant d'un recueil culinaire très
estimé ...)
D'intéressants animaux
de compagnie :
"Son corps mesurait environ 5 cm et ses pattes 18 cm; le corps et les pattes
étaient entièrement recouverts de gros poils gris et rougeâtres. Je fus attiré
par un mouvement du monstre qui se tenait sur un tronc d'arbre, juste au dessus
d'une profonde cavité au travers de laquelle s'étendait une épaisse toile
blanche; la partie inférieure de celle-ci était déchirée et deux petits oiseaux,
des pinsons, y étaient empêtrés; ils avaient à peu près la taille de notre
chardonneret et il devait s'agir du mâle et de sa femelle. L'un était déja mort,
l'autre agonisait sous le corps de la mygale, tout enduit de l'immonde salive du
monstre. Je chassai l'araignée et pris les oiseaux, mais le second ne tarda pas
à mourir... Certaines mygales sont énormes. J'ai surpris un jour les enfants
d'une famille indienne qui collectait pour moi des échantillons, promenant l'une
de ces hideuses bestioles dans leur case, une corde attachée à la taille,
exactement comme un chien en laisse !
(...) On trouve dans cette région d'Obidos une étrange sorte de grillon des
forêts; les mâles font un bruit très fort et assez mélodieux, en frottant les
uns contre les autres les bords de leurs élytres. Ces notes sont les plus
perçantes et les plus insolites que j'aie jamais entendues produire par un
orthoptère. Les indigènes appellent ce grillon le Tananá; nom qui évoque les
stridulations de l'animal : ta-na-ná, ta-na-ná, ..., telles sont les syllabes qui
se succèdent sans discontinuer. Quand les indiens en capturent un, ils le
gardent dans une cage en vannerie pour le plaisir de l'entendre chanter. Un de
mes amis en a gardé un 6 jours; son entrain n'a duré qu'une soixantaine
d'heures, durant lesquelles son chant a résonné d'un bout à l'autre du village."
(D'après "The Naturalist on the River Amazons" de l'illustre Henry Walter
Bates).
Une
épouse modèle!
Un entomologiste, le
Dr. Marcel Leclercq, est spécialisé dans l’étude des taons. Savez-vous comment
il les capturait pour les inventorier ? Il couvrait son épouse d’une peau de
vache et elle attendait patiemment dans les prés que les taons viennent la
visiter!
J’entends souvent dire
que les épouses d’entomologiste doivent composer avec l’entomologie, une
terrible rivale mais là, quelle abnégation!
Le "mâlanguille" :
En 1987, notre collègue Marc Soula (si !) posait quelques pièges à Capestang
(Hérault), localité connue pour ses Carabus clathratus arelatensis, carabe
semi-aquatique qui vit en bordure d'un vaste étang. Il fut alors interpellé
assez violemment par des paysans qui s'inquiétèrent fort de ce qu'il capturât
des "mâlanguilles", c'est à dire, lui expliqua-t-on avec quelque acrimonie, des
anguilles mâles, l'anguille qui vit dans cet étang constituant l'une des
ressources locales.
(........). De tout ceci, il ressort que dans une très vaste zone géographique,
les noms populaires attribués aux gros coléoptères aquatiques (Dytiscus,
Cybister, Hydrous...) ou semi-aquatiques (Carabus) en faisaient, et en font
encore, soit des anguilles (Normandie), soit la génitrice des anguilles
(Sardaigne, Gard, Camargue), soit le mâle des anguilles (Hérault).
L'explication de ces surprenantes associations se trouve dans la biologie si
particulière de l'anguille, qui se reproduit en Mer des Sargasses, entre les
Antilles et la Floride. Depuis l'Antiquité, les pêcheurs ont été intrigués par
l'absence d'oeufs et l'impossibilité de distinguer les mâles des femelles.
(Y. Delaporte, dans le n. 19 du "Le Coléoptériste")
"Faut pas être dégoûté !"
Il doit se baisser pour éviter le maxillaire humain suspendu au dessus de
l'entrée; en se penchant, il découvre un tambour surmonté d'une main desséchée
enduite d'une cire d'abeille sauvage. Dans l'ombre épaisse animée seulement par
le rougeoiement de quelques braises éparpillées sous une poterie, il distingue
enfin une vieille femme, d'autant moins visible qu'elle est recouverte de latex;
le caoutchouc noircit à l'air; cette seconde peau est tatouée d'incrustations
blanches et jaunes; le blanc est une variété de kaolin, le jaune est une sorte
d'amadou pulvérisé produite par certaines espèces de fourmis. Crevaux s'habitue
à l'obscurité; dehors, il entend son fidèle Apatou faire les cent pas devant la
case, fusil en main; il s'approche de la vieille qui lui tourne le dos; de temps
en temps, elle remue son frichti avec une vieille flèche. Crevaux s'apprête à
lui proposer d'échanger une assiette pleine de son ragoût contre un couteau ou
tout autre objet; va savoir ce qu'une indienne peut réclamer ! Dans la vapeur du
pot, il distingue des orbites marquées... : encore du singe, songe-t-il,
toujours du singe, dans cette forêt sans beaucoup d'autre gibier. Puis, il
fronce les sourcils; d'un geste sec, la vieille a retourné la "chose", et
Crevaux sursaute : vu la taille et les lambeaux de chair, c'est une tête humaine
! Le ventre creux, il file rejoindre le reste de ses piroguiers...
(D'après "Le mendiant de l'Eldorado" du très célèbre Jules Crevaux).
Les Dix Commandements ou l'Abécédaire de l'Entomologiste :
Les Anciens tu honoreras
Les Biotopes tu respecteras
Les Conseils tu écouteras
Les Directives tu appliqueras
Les Espèces tu recenseras
Les Faunes tu rédigeras
Les Graphiques tu établiras
Les Habitus tu dessineras
Les Insectes - types tu déposeras
Les Jeunes tu initieras
R.M. Quentin
Décembre :
Soulevez une pierre : vous trouverez peut-être une coccinelle
recroquevillée, dure comme la pierre; elle n'est pas morte, juste
en diapause, l'hibernation des insectes. Durant
l'hiver, elle reste immobile et cesse de se nourrir. elle lutte contre le froid
en produisant du glycérol, un antigel animal. La diapause est programmée pour
chaque espèce : la coccinelle ne sortira de son abri qu'après avoir passé un
certain temps au froid. Inutile d'essayer de la réchauffer ...
"Une épouse amoureuse (sur le tard...)."
S'ennuyant à Lima et séparée de son mari depuis dix-huit ans, Isabela décide de
le rejoindre à Cayenne (faut jamais désespérer...!); les mers étant très peu
sûres en ces périodes de guerre (1767), elle décide de traverser le continent;
accompagnée de ses deux militaires de frères qui commandent à une douzaine de
soldats, elle commence le voyage sur une jolie mule blanche, encadrée par ses
deux servantes... Le lendemain matin, les guides indiens se sont enfuis en
emportant tout ce qu'ils ont pu; tant pis !, elle va user ses jolies bottines
jusqu'à la première rivière et chercher un canot. Le troisième jour, leur
"skipper" indien (tremblant de fièvre...) se noie en voulant récupérer le
chapeau d'un des deux frères, tombé à l'eau. Personne ne sachant diriger
l'esquif, un soldat est désigné pour partir chercher du secours dans un village
voisin, situé à 6 jours de marche; après 25 jours d'une attente désespérée, les
deux frères décident de construire un radeau en balsa. Ce dernier n'a pas passé
deux méandres qu'une branche basse assomme tous les passagers; pris dans les
tourbillons, le radeau se retourne; les dernières provisions coulent avec Mme
Godin; ses deux frères la sauvent par deux fois de la noyade ! Les survivants
préfèrent alors "couper" par la forêt; dépourvus de guides, ils se perdent;
déchirés par les épines, dévorés par les insectes et la soif, ils meurent les
uns après les autres, les servantes, les 2 frères le même jour, puis les
derniers soldats; Isabela s'effondre à son tour; les fourmis arrivent déjà...
Après un collapsus de 2 jours, elle sort de sa léthargie et décide de se battre
pour survivre (et revoir son mari !); à coup de baïonnettes, elle taillade les
bottes de ses frères pour se bricoler des spartiates, et elle part droit devant
elle. Mr Godin peut-il se considérer comme veuf ? NON ! Soixante jours après, un
squelette de sexe féminin titube sur les bords du Rio Bobonafa; nue sous une
mantille lacérée, déchirée par la végétation, taraudée par les piqûres
d'insectes, émaciée par les privations, Isabela s'effondre dans la mission
franciscaine. Le moine de service refuse de lui parler tant qu'elle n'aura pas
une tenue décente !
Après quelques mois de "starisation" dans les salons parisiens, elle finira ses
jours en épouse parfaite dans la province française la plus paisible...
Marc SOULA (D'après diverses sources...).
Une espèce menacée :

Homo entomologicus Linné
"Un "hold-up" historique, qui a encore de
grandes répercussions, de nos jours, pour les naturalistes voulant étudier le
Brésil" (j'en sais quelque chose...) :
Le drame s'est joué vers 1880, à Manaus, quand un savant
anglais, agent d'un complot ourdi au jardin botanique de Kew, près de Londres, a
réussi à s'introduire partout sous prétexte de cueillir les plus belles
orchidées du monde pour la gloire de la reine Victoria. Wickham, jouant le
savant fou, le flambeur, le bambocheur des rios et, en dépit de la parano des
possédants, réussit à dérober des graines d'hévéa, comme d'autres le feu. Des
hautes eaux qui surélèvent le fleuve de 15 mètres, il sut se faire un allié. La
crue paralysant les seringueiros, Wichkam en profite pour se faire enfermé sur
une île par la marée brune, cette inondation qui dure six mois. Cette flaque de
terre ballottée entre les courants porte quelques "seringa", juste assez pour
récolter les 2400 graines historiques ! Ces 2400 graines vont ridiculiser le
plus durable des mythes de la "forêt de la pluie". "Wichkam le rouge" a prévu un
bateau, un rafiot rouillé qui n'inspire que la pitié . Les graines sont enfouies
dans des pots de terre à fond de cale. A toute vapeur vers les bouches de
l'Amazone, devenues une mer de boues alluviales charriant des millions de tonnes
de déchets. La police arrête l'anglais à Belem, puisque les autorités vivent
dans la hantise des voleurs de graines; mais le consul anglais sait arranger les
plus douloureux états d'âmes ! De l'or change de mains et le bateau aux
orchidées cingle officiellement vers Buckinkam; la reine ne doit pas attendre
les plus belles fleurs du monde ! Wichkam fonce dans l'Atlantique sud, frôle les
falaises de Sainte Hélène, double le Cap de Bonne-Espérance, relâche à l'île
Maurice pour faire du charbon et rafistoler le bastingage, s'élance à travers
l'Océan Indien, s'engouffre dans le détroit de Singapour et jette ses ancres
rouillées dans les eaux mortes du port de Malacca. Les graines sont aussitôt
plantées et donneront 2400 hévéas qui vivront mieux que dans leur terre mère !
"On essaye de communiquer..." :
- Qu'est ce que tu as d'autre ? demanda le chef qui semblait
s'appeler Maipuri.
Il ne précisa pas sa pensée mais il suffisait de suivre son regard. Je sortis
quelques cartes postales de la poche de ma chemise; je lui en mis une dans la
main : on y voyait la reine d'Angleterre en grande tenue, avec le château de
Windsor à l'arrière-plan.
- Qu'est ce qui est écrit ?
- "Salutations de Londres."
- Ton chef envoie des salutations de Londres ? Mais c'est une femme !
- Oui, c'est une femme.
Je lui montrai une autre carte :
- Ça, c'est sa maison et ça, c'est une image d'un grand village appelé Londres
où elle vit.
- Mmmmmmm..., ton chef a une grande hutte !
- On l'appelle Buckingham Palace. Mon chef est la personne la plus riche du
monde; elle attend mon retour.
Deux guerriers regardaient par dessus son épaule pour voir les photos, mais il
les plaqua contre sa poitrine comme s'il s'agissait d'un jeu de cartes.
- Mais c'est vraiment une femme ?!
- Eh oui...
Le chef, mal à l'aise, toussota, se tourna vers ses hommes et bredouilla quelque
chose en wai-wai. Les villageois s'esclaffèrent.
- Quand cette femme va -t-elle venir ici ?
- Quand je serai rentré sain et sauf.
Maipuri fronça les sourcils :
- Comment s'appelle-t-elle ?
- Elisabeth.
- Lizbeth, expliqua Maipuri à ses hommes.
- Mmmmmmmm...
Puis il se tourne vers moi :
- Lizbeth, elle aime l'or ?
- Énormément.
- Alors, tu donnes l'or de Maipuri à Lizbeth ? Tu es d'accord ?
Les indiens qui m'entouraient se hissèrent sur la pointe des pieds pour mieux
m'observer; ils retenaient leur souffle. Je mijotai un moment au soleil.
- D'accord, j'accepte.
- Sssssssssssssss...Les hommes eurent un long sifflement de soulagement. Le chef
était radieux et ses hommes le regardaient avec admiration.
- À une condition.
Il y eu un long silence inquiet.
- Que veux-tu dire ? demanda lentement Maipuri.
- J'ai besoin d'aide pour continuer ma route. Et avec mes bagages, bien sûr.
Maipuri bredouilla quelque chose tout en ouvrant et fermant ses poings. Puis
marchant droit sur moi, il croisa ses bras et releva triomphalement sa tête :
- Je garde tes bagages; tu es mon prisonnier. Alors tais-toi !
- Mmmmmmmm..., approuvèrent les hommes. Tais-toi !
Ils entreprirent de se consulter, regardant mes bagages avec envie.
- J'ai pris une décision, lança Maipuri en levant sa main droite, les doigts
vers le ciel pour imposer le silence. Tu es mon prisonnier, alors tu es en
grande difficulté. Tu es en grande difficulté, alors tu as besoin de Lizbet.
Nous aussi, nous sommes en grande difficulté et nous avons besoin de Lizbet.
Alors, tu lui parleras de Maipuri qui est un ami.
- Je lui répondis que cet accord me semblait satisfaisant. Maipuri me demanda
alors :
-Tu es fort ?
- Je peux faire cent pompes, tu veux voir ?!
Maipouri répondit qu'il avait une meilleure idée :
- Nous allons te regarder tuer le cochon à mains nues !
Le vol sacrilège du coléoptère :
Du rififi dans le petit monde des insectes. Depuis quinze
jours, les spécialistes du Muséum n'ont qu'un sujet aux lèvres : le vol, commis
le 10 décembre dernier, du Titanus giganteus femelle, un spécimen rarissime
subtilisé au beau milieu de l'après-midi dans les rayonnages du pavillon
d'entomologie. Le chapardeur a été identifié et la "bête", restituée avant-hier,
a retrouvé ses quartiers. "Nous avons été stupéfaits par une telle audace",
confie le responsable de la section coléoptères du
Muséum. "Notre Titanus
femelle, le seul spécimen que nous possédions, a été victime d'un malheureux
concours de circonstances. Cet animal fait partie du patrimoine national, comme
une peinture du Louvres".
Amour insolite : Moins coloré qu'un Van Gogh, sa carapace brune est pourtant
presque aussi unique : seuls dix spécimens femelles de Titanus giganteus - le
mâle, lui, est tristement banal - sont recensés à travers le monde. Comme son
nom l'indique, l'insecte affiche un gabarit impressionnant. "Le Titanus adulte
peut mesurer jusqu'à 20 cm et son poids est le triple de celui d'un moineau"
rappelle savamment l'entomologiste. "On le trouve dans la partie tropicale de
l'Amazonie". Inoffensif pour l'homme, l'animal vole à un rythme de croisière de
20 km/h à la recherche de sa nourriture, une larme de sève et quelques fruits
pourris. Et il est très craintif. Dernièrement des scientifiques américains ont
organisé deux ans d'expédition en Guyane française pour piéger ... deux de ces
"dames" !
Prisé, l'insecte coûte très cher. "Pas moins de 100 000 F" disent les
spécialistes. Thomas, 20 ans, connaît la valeur de l'animal. Mais il n'a pas les
moyens de l'acheter. Etudiant en DEUG de "Sciences de la Nature et de la Vie" à
l'Université de Savoie, il voue, depuis 10 ans, une passion sans borne pour
l'Entomologie. Cet amour insolite (!?), révélé après une enfance passée en
Afrique, se concentre sur les coléoptères, leurs mandibules broyeuses et leur
jolie paire d'ailes membraneuses (!?). Le 10 décembre dernier, Thomas quitte
Annecy, où il vit chez sa mère, pour venir à Paris. Il file au Muséum; le
laboratoire d'Entomologie recèle le plus beau des trésors que puisse imaginer le
jeune homme. Au beau milieu d'une kyrielle de cafards, de mouches et d'araignées
- il y a 50 millions de coléoptères -, Thomas ne sait plus où donner de la tête
quand il tombe en arrêt devant un couple de Titanus. Profitant d'un moment
d'inattention de la gardienne, il craque : d'un coup sec, il déverrouille la
sécurité, s'empare de la femelle et disparaît.
Le vol est constaté dans la soirée par deux visiteurs. Les policiers du
commissariat du cinquième arrondissement sont immédiatement chargés de l'enquête
et le parquet du tribunal de Paris ouvre une information judiciaire. Confondu
par un pense-bête oublié sur les lieux du crime, le voleur de coléo. a été
interpellé le 18 décembre à son domicile savoyard. sans opposer la moindre
résistance, Thomas a rendu l'insecte au commissaire Ambiaux en expliquant qu'il
avait agit en état "d'hallucination". Il a été laissé en liberté. Lors de sa
garde à vue, Thomas s'est montré intarissable à propos de sa passion. Un
enquêteur a avoué avoir beaucoup appris sur les moeurs des bêtes à six pattes...
Un échantillon qui revient de loin... :
Auguste Dejean a aussi sa légende entomologique : Général de
division, il fut mêlé à toute la vie militaire de la Révolution et de l'Empire;
à la bataille d'Alcanizas, sur le point de charger à la tête de ses dragons, il
captura et piqua dans son casque doublé de liège un Cebrio ustulatus ; à la fin
de la bataille, il le retrouva intact quoique ce casque ait été "horriblement
maltraité par la mitraille" !
Insectes de Sainte Hélène :
Il semble que le destin ait choisi cette illustre geôle pour
abriter des êtres d'exception. On sait que, parmi bien des endémiques, s'y
trouve un coléoptère remarquable, carabe appartenant à un genre qui n'a de
représentant nulle part ailleurs, Haplothorax burchelli. Les trois spécimens de
cette espèce détenus depuis longtemps par le Muséum, tirent un intérêt
historique, non seulement de leur provenance, mais encore du fait qu'ils ont été
capturés et ramenés en France par le dernier gardien du tombeau de l'Empereur et
furent donnés au Muséum par un de ses descendants.
O Tempora ! O mores ! :
"La Nature" du 17 Avril 1997 : ainsi on vend maintenant les
noms d'insectes entre 5000 et 10000 DM en les dédiant à un entomologiste
fortuné. Cette pratique économique n'a pas encore été interdite par le "Code",
la Bible des afficionados. On peut d'ailleurs tourner cet ignoble mercantilisme
: Cartwright et Abdullah se sont dédiés des genres gratuitement et le premier y
a ajouté une espèce. D'ailleurs, pour ces sommes considérables, on ne vous dédie
même pas un genre mais une espèce; cela coûterait infiniment plus cher.
Les services astronomiques des USA vendent dès maintenant des noms d'étoiles et
on peut offrir à sa fiancée, pour Noël,à un prix raisonnable, une étoile (il y
en a tellement...) mais pas encore une galaxie (bien qu'il y en ait également
beaucoup !); cela coûterait aussi beaucoup plus cher et ne serait accessible
qu'au sultan de Brunei ou à l'ex-futur beau-père de l'infortunée Diana... Vendre
une étoile, quelle poésie. Dans ma jeunesse, on proposait la Lune aux enfants,
mais c'était au figuré.
Récemment, des escrocs ont fondé aux USA une société fictive qui a vendu de faux
noms d'étoiles ou plutôt a dédicacé à ses victimes des étoiles fictives sans
aucun droit de le faire. Cela me rappelle la vente de faux billets de foot aux
brésiliens, écossais et mexicains pour la dernière Coupe du Monde...
Dans Nature du 13 février 1997, on cite l'oiseau Vireo masteri dédié à B. Master
en échange de 70 000 $; il est vrai que la somme était utilisée pour la création
d'une Réserve Naturelle.
Tout se vend, même les noms d'insectes,les titres nobiliaires, les étoiles et
pourquoi pas les plantes et les fossiles ...Il y aura bien des amateurs pour
payer. Il est vrai que c'est le National Museum of Natural History (à Londres !)
qui, par le biais du CAB, a inventé les déterminations payantes. Récemment, un
de mes collègues, dont je respecterai l'anonymat, réclamait à une infortunée
mexicaine 45 $ US par détermination d'insecte. Jusqu'où s'arrêtera le progrès ?!
(D'après notre collègue et ami P. Jolivet, dans le numéro 33 du "Le
Coléoptériste").
D'intéressantes rencontres à Paris ... :
Citons d'abord notre collègue et ami Henri Inglebert qui a
tant travaillé (et brillamment ...) sur le sujet :
"Je n'utilise qu'un piège U.V. simplifié sur mon balcon, dans le 20 ème
arrondissement ; il est orienté en direction du cimetière, proche, du Père
Lachaise, sans grands immeubles faisant barrage. Ce cimetière, sous l'angle
entomologique, représente un espace vert de 42 ha avec de vieux arbres et une
grande variété de plantes et arbustes; on n'y utilise peu ou pas les pesticides,
fongicides ou autres, et peu d'arbres sont abattus; c'est donc un biotope
relativement stable (!!) , qui peut réserver des surprises [ ... ]. On voit
d'ailleurs souvent, sur les murs et trottoirs entourant le cimetière,
coléoptères, hémiptères, lépidos., ... J'ai donc décidé, cette année de piéger
de façon systématique sur mon balcon, de piéger (quand je le porrai) dans les
espaces verts et de chasser à vue, au crépuscule et en début de nuit sous les
éclairages publics.
Ayant appris que la Ville de Paris avait fait faire un inventaire du square
Georges Brassens, j'ai demandé au responsable de l'étude la liste des
coléoptères. je le remercie de son amabilité. Il s'agit d'un square relativement
récent (anciens abattoirs de Vaugirard). Le piegage au sol ou avec des assiettes
jaunes a fourni 53 espèces de coléos., dont je ne connaissais qu'une partie
comme "parisiennes". Dans ce même square Y. Cambefort m'a signalé cette année la
présence de Lucanus cervus L .
Sur mon balcon viennent aux U.V. toutes sortes d'insectes :
- 25 espèces de lépidos. [...].
- 17 espèces d'hémiptères en 3 familles [...].
- 242 espèces de coléos. en 46 familles [...].
[...] . Je ne peux prospecter seul tous les espaces vers de Paris. Si vous le
pouvez, prospectez en quelques uns."
Quelque temps après notre excellent collègue publiait son très intéressant
"Catalogue des Coléoptères de Paris Intra-muros" (Supplément du Bulletin de
Liaison de l'ACOREP de mars 1996)
L'entomologiste et le
cycliste :
C'était une assez belle journée, un peu fraîche, que ce 24
mars 1999. Ma femme Claire et moi avions décidé de faire une ballade
mi-randonnée, mi-chasse aux insectes comme nous en faisons parfois. Cette fois
nous avions choisi d'aller dans la vallée de La Renarde, une jolie petite région
de l'Essonne. La récolte n'avait guère été fameuse, et en revenant à la voiture
que nous avions laissée dans le coquet village de Breux-Jouy, je donnais
quelques derniers coups de fauchoir au bord de la route, avec pour seul butin
quelques Lema melanopus que je décidais de capturer quand même, pour le
principe ...
J'étais en train de procéder à l'opération avec mon aspirateur lorsque deux
cyclistes passèrent auprès de moi; le premier ralentit un peu, et le second
s'arrêta pratiquement, me regardant faire un moment avant de reprendre sa route;
je l'entendis distinctement héler son compagnon : "T'as vu ?! Y a là un fou qui
attrape les petites bêtes avec un grand filet, et après il les aspire avec un
tuyau pour les manger !". La réponse du compagnon se perdit dans le lointain ...
Ce genre d'anecdote arrive de temps à autre dans la vie d'un entomologiste
et je l'aurais sans doute rapidement oubliée si, quelques jours plus tard, je
n'avais pas entendu l'émission radio de P. Bouvard "les Grosses Têtes" sur RTL,
émission que j'aime bien écouter, entre autres lorsque je fais de petits
travaux, comme préparer les insectes ...
A propos de je ne sais plus quoi, un des participants, Jacques Balutin je crois,
féru de randonnée cycliste, intervint soudain : "Ah, mais en France aussi il y a
des gens qui mangent les insectes. Un de mes amis qui se promenait à vélo il y a
quelques jours, du côté de Breuillet ou par là, m'a dit.... " - suivait le récit
qui précède, vu par le cycliste.
La date et l'endroit correspondaient et, d'après le cycliste, je devais être
passablement cinglé. Sur ce dernier point, j'étais déjà au courant, mais il n'y
a pas à dire, faire parler de soi aux "Grosses Têtes", c'est la consécration !!
(De notre cher et estimé collègue Jean-François Voisin dans
"Le Coléoptériste")
Parmi les captures insolites
effectuées en région parisienne, celle d'un Batocera lineolata qui a
inspiré à notre collègue et ami Jean-Jean Menier les vers qui suivent :
Le Canard et le Capricorne :
Vert et doré de toutes les laques de l'Orient,
Maître Canard - dont l'origine est incertaine -
Était parvenu à nos rives par mille voies détournées.
Comme il sied à palpipède de son espèce,
De bois massif il était fait.
Par Dame Puill fut acheté,
Dans son logis sur un meuble posé.
Agréable ornement il devait cependant
Causer quelque frayeur à notre Dame,
Et rien ne semblait alors promettre notre Anas
À renommée qui méritât d'être contée.
Il apparu qu'un jour - longtemps plus tard-
Sous le ventre du palmipède,
Deux longues cornes dépassaient,
Se tortillant dans l'air et cherchant à sortir.
Las, le Canard fort lourd ne céda pas d'un pouce.
La Dame le souleva et fut fort effrayée
De voir un Capricorne de très honnête taille
- plus de deux pouces il mesurait -
Sortir tout de go et se mouvoir libre.
Vite, elle courut au Jardin pour consulter
Sur ce prodige.
Notre Rédac' Chef - expert es-capricorne s'il en fût -
Déclara que l'animal était connu
Depuis que Chevrolat en 1852
Le baptisa Batocera lineolata.
Il provient de Chine, du Tonkin ou de Nippon,
Où il est, dit-on, fort commun.
Sans doute une larve habitait le canard qu'avant d'être doré
Et avait trouvé moyen de venir à son terme,
En besognant galerie dans le corps de l'objet.
Moralité :
Voilà comment au coeur de la cité
L'ornithologie peut vous mener
À colliger
La Batocère linéolée.
(De notre collègue et ami Jean-Jean Menier, dans l'Entomologiste d'octobre
1992).
D'autres insectes exotiques à
Paris :
Il est assez amusant de constater l'importation des insectes
exotiques dans les grandes villes. Le cas est classique dans les grands ports
maritimes. Certaines espèces se sont même par la suite acclimatées en France.
Tel est l'exemple de Laemosthenes janthinus Duft. qui se trouve dans le
O6 et le 04 et de Perigona nigriceps, ce rare carabique qui a été trouvé
une fois au Bois de Boulogne (en ce dernier lieu, on trouve aussi maintenant
beaucoup de mammifères bipèdes exotiques importés aux moeurs étranges ...).
Un de nos collègues, habitant Le Havre, obtenait l'autorisation, à chaque
arrivée de cargo, d'aller visiter les cales; il balayait tous les détritus se
trouvant au fond , mettait le tout dans des grands sacs de toile et, chez lui,
il triait tous ces débris; il a pu prendre ainsi toute une faunule de
carabiques, cérambycides, curculionides et chrysomèlides de diverses
provenances.
On rappellera les captures faites dans les entrepôts de bois du Fb. St. Antoine
d'un grand Elatéride phosphorescent (Phyrophorus ...) et d'un
Acrocinus longimanus. Plus récemment encore, notre collègue Hardy capturait
sur son balcon, Bd. Pereire, un très beau Cérambycide de Madagascar.
La toute dernière capture en date, tout aussi étonnante, est celle faite par
Mme. de Saint-Albin d'un scolyte du Japon pris au fauchoir à La Ferté-Alais.
[...].
Tout dernièrement, j'ai eu l'occasion, me trouvant à la gare d'Orléans-Messageries,
de capturer un fort bel insecte de la Famille des Cassidinae sur des bananes
provenant d'Afrique; cet insecte, originaire du Cameroun appartient au genre
Aspidomorpha.
(De notre collègue P. Grandchamp, dans le Bulletin de l'ACOREP
n° 30)
Allez les tanks ! :
Après l'unification de l'Allemagne, fin 1990, les
entomologistes ont constaté que les anciennes zones militaires abritaient de
nombreux insectes que l'on croyait disparus. Explication : pendant les
manoeuvres, les tanks arrachaient et broyaient la végétation comme le faisaient
jadis les bisons, aurochs et chevaux sauvages ! Les tanks ont ainsi recréé un
environnement favorable à des espèces qui avaient disparu avec les grands
herbivores.
(Science et Vie, en 1997)
Recette camerounaise :
Les chenilles au koko
300g de chenilles séchées, 300g de graines de courges, 2 tomates, 2 oignons, 1
grande louche d'huile de palme, 3 paquets de feuilles de koko, sel, piment.
trempage : 12 h
préparation : 20 mn
cuisson : 35 mn
- Bien nettoyer les chenilles en enlevant les piquants (!); les faire bouillir
pendant 1 mn, les rafraîchir, les égoutter, les laisser tremper 1/2 journée dans
de l'eau tiède.
- Préparer une pâte lisse avec les graines de courges écrasées.
- Eplucher les oignons, les émincer et les faire dorer dans l'huile. Ajouter les
chenilles, les tomates hâchées, le sel, le piment.
- Couvrir d'eau froide, porter à ébullition et laisser cuire 15 mn.
- Incorporer la pâte de courges, remuer, laisser cuire à nouveau pendant 15 mn.
Ajouter le koko lavé, cuit et égoutté, laisser cuire encore quelques minutes
puis servir chaud.
La ferme de coléoptères :
Pas n'importe quels coléoptères, mais une espèce particulièrement redoutable
d'aspect, les "lucanes cerfs-volants", un insecte noir de 2,5 à 6 cm de long, à
la tête hérissée de cornes et de pinces qui le font ressembler à un samouraï de
l'ancien temps.
Toshio Imamura en possède actuellement plus de 100 000 qu'il livre
périodiquement dans les divers magasins de Nagoya, d'Osaka ou de Tokyo. Des
comptoirs spéciaux ont été ouverts et les enfants japonais viennent en masse les
acheter à raison de trois pour 100 yens. Ils les installent dans de petites
cages de bambou, les nourrissent et organisent des combats avec ceux de leurs
camarades.
- Je me suis toujours passionné pour les coléoptères, avoue Toshio, et étant
enfant je passais mes journées à en ramasser à travers les chemins et les
forêts. Si j'ai choisi de me spécialiser, c'est parce que le lucane est le plus
vigoureux, le plus combatif de tous et qu'il vit au moins deux mois. Je ne
m'attendais absolument pas à faire fortune avec ça ! J'étais seulement content
d'avoir trouvé un métier qui me permettait de poursuivre un rêve d'enfant.
Un rêve d'enfant qui a apporté en deux ans à son réalisateur la possession de
deux maisons, d'immenses terrains au sud de la capitale, d'un bateau et d'une
voiture américaine avec lesquels il va livrer son cheptel.
Les grands magasins ne sont pas moins satisfaits :
- Les coléoptères sont une excellente marchandise, sans surprises et qui ne se
démode pas, assure le sous-directeur du gigantesque Mitsukaschi de Tokyo. Et les
petits acheteurs amènent leurs parents qui deviennent nos clients. Nous nous
proposons même d'installer sur le toit du magasin un parc spécial, avec en
permanence 5 000 à 10 000 insectes pour que les enfants puissent les voir
s'ébattre en liberté et les choisir eux-mêmes. Cette passion qui fait fureur n'a
jusqu'ici rencontré que deux sortes d'opposants : les mères qui détestent
trouver de "repoussants" insectes jusque dans leur potage. Et les professeurs :
ils se sont aperçus que chaque fois qu'ils voyaient leurs élèves tranquilles et
visiblement occupés à réviser leurs leçons, ceux-ci étaient en fait occupés à
observer leur "poulain".
(Le journal "L'Aurore", en 1968, déjà...).
André GIDE coléoptériste :
"Vers l'âge de 8/9 ans je me suis intéressé à le Nature, à la botanique et plus
particulièrement aux coléoptères dont j'avais commencé de faire collection; et
mes poches étaient gonflées de boîtes et de tubes où j'asphyxiais mes victimes
de benzène ou de cyanure de potassium.
J'observais alors tous les insectes et leurs larves, particulièrement les
chenilles. A Paris, je tentai d'élever des vers à soies, ceux-ci ne coûtaient
pas si cher que les feuilles de mûriers pour leur nourriture, que je devais
aller prendre, deux fois par semaine, chez un herboriste de la rue St. Sulpice.
Dans le Midi, je chassais également les mantes religieuses, qu'on appelle là-bas
des "prega-diou" et dont les paquets d'oeufs conglutinés et pendus à quelques
brindilles m'intriguaient si forts.
Je doute si jamais livres, musiques ou tableaux me ménagèrent plus tard autant
de joies, ni d'aussi vives, que ne faisaient, ces premiers temps, les jeux de la
matière vivante. J'étais parvenu à faire partager à Suzanne ma passion pour
l'entomologie; du moins me suivait-elle dans mes chasses et ne répugnait-elle
pas trop à retourner avec moi bouses et charognes à la recherche des
nécrophores, des géotrupes et des staphylins. Il faut croire que ma famille
finit par prendre en considération mon zèle car, si enfant que je fusse alors,
c'est à moi que l'on fit revenir toute la collection d'insecte de feu Félix
Archimède Pouchet, cousin germain de ma Grand'mère. Ce don de 24 boîtes à fond
de liège pleines de coléoptères, classés, rangés, étiquetés... je n'ai pas
souvenir qu'il m'ait fait un bien énorme plaisir. Car, dans ma pauvre
collection, combien m'était plus précieux chacun de ces insectes que j'y avait
épinglés moi-même, après les avoir moi-même capturés. Ce que j'aimais, ce
n'était pas la collection, c'était la chasse."
(André GIDE, "Si le grain ne meurt", 1927).
Ernst Jünger, écrivain
entomologiste
L
'infiniment petit
nous apprend que le monde est immense. Et c'est dans l'univers pullulant et
gris des insectes, qu'il peut se manifester. Ernst Jünger, élève rêveur, l'a
compris très tôt. Sans doute après avoir découvert enfant, dans une sablière
de Rehburg une cicindèle chatoyante. Il croyait ramener chez lui une rareté,
500 de son espèce étaient déjà répertoriées. S'ouvraient ainsi les
Chasses subtiles, où Jünger découvrait, selon Claude Gaudin, "un acte
magique car jamais notre désir ne pourra se hausser jusqu'au trésor dont il
ne perçoit que la menue monnaie".
L'apprenti entomologiste va se passionner immédiatement pour cet univers
invisible et infini, pour collectionner sans relâche les rencontres au cours
des différentes époques de sa vie. A tel point qu' il chasse au plus fort
des deux guerres mondiales. Ainsi s'émerveille-t-il en 1940 devant un couple
de typhées cornus, qui vaque à ses pieds. "Faut-il s'étonner si, en me
penchant vers ce couple menu, j'oubliai ma mission guerrière -le lieu, le
temps et la consigne? Des deux réalités, celle-ci était la plus forte."
Pour Jünger, la réhabilitation de ces animaux méprisés vient de ce que
le langage en a fait des êtres connus
et reconnaissables. Depuis sa première
cicindèle, l'entomologiste averti était devenu un familier des
nomenclatures. Nomenclatures auxquelles il adhère, selon Claude Gaudin,
comme à l'hypothèse de Platon dans le Cratyle : il existe entre le nom et ce
qu'il désigne un rapport de convenance profonde, la justesse. Et les noms
attribués aux insectes ont de la justesse, car ils ont été donnés par de
savants classificateurs. Grâce à eux, les insectes ne sont plus des signes
dispersés mais forment un alphabet.
"Doubler la pratique littéraire par la chasse aux insectes, ce n'est donc
pas ajouter une corde à un arc de l'écrivain, c'est faire l'apprentissage
d'un moyen de déchiffrement", conclut l'essai de Claude Gaudin. Le
rapport entre l'écrivain et l'entomologiste joue sur cette note là. Ainsi,
comme il se penche avec minutie sur le coléoptère infime mais étiqueté,
Jünger considère les lettres isolément comme des "signes plus puissants
que les textes qu'elles figurent". Avec elles, il rêve d'une écriture
dans laquelle serait visible le profil des choses. La leçon entomologique
enseigne ainsi qu'il faut libérer notre esprit des fausses associations, des
harmonies factices et partir à la conquête de l'unité des choses.
Les Chasses subtiles se ferment sur la "poussière irisée" où
finit toute collection. Dans leurs vitrines, il y a aujourd'hui des
scarabées, des papillons, baptisés d'après Jünger, et même une sous-espèce
de cicindèle, qui s'appelle jungerella.
Les insectes romains :
Plus de 5000 espèces différentes d'insectes ont été recensées à Rome et sa
banlieue selon une monographie de plusieurs milliers de pages à laquelle ont
contribué plus de 90 spécialistes. Plus de 50% des insectes romains sont
constitués de coléoptères comprenant entre autres les scarabées, les
coccinelles, les staphylins et les lucioles.
Il y a aussi 500 espèces de papillons, 230 de fourmis, une vingtaine de puces
mais seulement 4 de cafards et 2 de poux... Cette recherche, présentée au Musée
de Zoologie de Rome est un instrument précieux pour la connaissance de l'habitat
et pour la planification urbaine de la capitale.
"Rome est la première métropole au monde à s'être dotée d'un tel instrument
riche en données et en suggestions pour des interventions sur l'environnement" a
estimé le professeur A. Vigna de l'Université de La Sapienza.
(AFP Sciences, en 1997)
Gilbert Lachaume, expert en
entomologie et voyageur philanthrope :
Expert en Histoire Naturelle à Drouot depuis près
de 25 ans, ce passionné de voyages parcourt l’Amérique latine pour
ses recherches sur la biodiversité des lépidoptères, forme des
étudiants en Bolivie et au Pérou pour les aider à classifier leur
extraordinaire patrimoine entomologique et se passionne pour les
rapports humains dans son métier . Interview.
Comment
devient-on entomologiste ?
Par passion ! Depuis toujours, la
plupart des entomologistes sont autodidactes, sauf par exemple les
spécialistes d’entomologie médicale qui sont souvent médecins de
formation. Pour ma part, je viens d’une famille d’amoureux de la
Nature : mes grands parents cultivaient des plantes rares et mon
cousin m’envoyait régulièrement des papillons. Enfant, j’allais
souvent au bois de Vincennes, à l’époque où les pesticides n’avaient
pas encore tout ravagé et où l’on rencontrait encore de nombreux
insectes. Et puis il y avait Deyrolle. Au début des années 1960,
c’était un lieu fascinant où on pouvait passer des heures à observer
les papillons, tirer les tiroirs… C’était la liberté ! En me
privant, j’arrivais parfois à repartir avec un papillon dans une
boîte. Le bonheur ! Après une maîtrise de physique, j’ai ensuite eu
la chance de rencontrer des collectionneurs passionnés qui m’ont
permis de partir en Amérique latine chasser des papillons pour leur
compte. Lors de ces chasses nocturnes en Bolivie, au début des
années 1980, j’ai pu découvrir une trentaine de nouvelles espèces.
En 1982, j’ai posé ma candidature comme expert en histoire naturelle
suite au décès de Monsieur Groult, l’ancien propriétaire de Deyrolle
qui officiait à Drouot, et je suis devenu expert à 30 ans.
Aujourd’hui, en quoi consiste
votre activité ?

J’étudie les problématiques de la biodiversité en
Amérique latine, pour le compte de musées français, péruviens et
boliviens. On redécouvre énormément d’orchidées, d’oiseaux et
d’insectes dans ces pays, dont le potentiel est encore méconnu.
Enormément de jeunes scientifiques en Amérique latine sont
sensibilisés à ces questions et je les aide à mettre en place leurs
travaux de recherche, par exemple dans le cadre du programme « Mariposas
andinas » lancé par des musées occidentaux.
Où peut-on voir de
beaux papillons ?

Chez Deyrolle ! Les collections
d’insectes des muséums sont réservées aux chercheurs, et protégés de
la lumière dans des tiroirs. Les couleurs des papillons s’estompent
à la lumière vive et les bêtes exposées sont perdues pour la
science, sauf pour les manifestations temporaires. Les pigments
rouges de certaines variétés peuvent ainsi blanchir en quelques
jours, contrairement aux ailes bleues des morpho, dont la couleur
résulte de l’incidence du rayon lumineux. Mais le manque
d’expositions d’insectes s’explique surtout par le manque de
budgets : l’Histoire Naturelle est devenue le parent pauvre de la
culture, alors qu’elle représentait un fondement de la connaissance
au 19eme siècle.
Comment se porte
le marché de l’entomologie ?
On compte quelques milliers de
collectionneurs, qui se retrouvent dans les bourses et dans le
réseau associatif, mais les ventes se font de plus en plus rares. Il
s’agit essentiellement de ventes de succession. Les collectionneurs
ont une démarche individualiste, qui exclut souvent les membres de
la famille, ce qui explique que celle-ci préfère s’en débarrasser au
moment de l’héritage ! Les pays anglo-saxons sont encore très férus
d’entomologie, comme ils l’étaient de botanique et de sciences
naturelles, mais l’essentiel des ventes à lieu en France.
Quelles sont les
sommes en jeu ?

Les prix des insectes ont
considérablement chuté depuis que les moyens d’accès vers les pays
tropicaux ont été facilités. A la fin du 19eme siècle, les
papillons, comme les orchidées, coûtaient de véritables fortunes.
Des familles comme les Rothschild investissaient des sommes
exorbitantes dans leurs collections, de l’ordre de plusieurs
immeubles victoriens ! Aujourd’hui, un Ornithoptera
rotschildi d’Indonésie vaut 40€, alors qu’il coûtait encore
4000F dans les années 1980. Les élevages, les techniques de collecte
et les transports ont fait baisser les prix, et le marché s’est
ouvert aux collectionneurs amateurs. Le record de vente des dix
dernières années est un agrias, qui a atteint
70.000F, mais lors des ventes aux enchères, la grande majorité des
lots part pour 100€ ou 200€.
Qui sont les collectionneurs de
papillons ?
Il y a beaucoup de personnages
passionnants et atypiques dans ce milieu, du simple amateur au
scientifique plus exigeant. Certains ont une démarche très pointue,
voire obsessionnelle, tandis que d’autres abordent l’entomologie en
esthète. L’étrange beauté des insectes a toujours attirée les
artistes, comme Breton et les surréalistes. Le rapport humain est
très important dans mon métier, la façon de collectionner dit
beaucoup sur la personnalité des collectionneurs.
Que
répondre à ceux qui trouvent les collections de papillon désuètes ?
Qu’il existe toujours des milliers
d’insectes inconnus et que la science a toujours besoin de
collections entomologiques, avec des données biogéographiques
précises, effectuées par GPS, pour comprendre et protéger la Nature.
Quels conseils
donneriez-vous à un jeune qui voudrait faire votre métier ?
Il n’y a pas de formation spécifique
et les débouchés restent très limités, mais un diplôme en biologie
me semble indispensable. Aujourd’hui, je conseillerai de se tourner
vers l’entomologie agricole et les recherches de l’INRA,
l’entomologie médicale mais aussi la systématique, grâce à la
biologie moléculaire qui ouvre de nouveaux horizons de
classification.Les problématiques sur les nuisibles et l’utilisation
des insecticides sont de plus en plus passionnantes. Il existe aussi
de nombreuses associations et d’excellents guides qui accompagnent
l’amateur dans sa passion. Mais je conseillerais surtout de prendre
du plaisir à observer la diversité de la nature !
Un paradis des
papillons :
En Equateur, sur 1 km² de forêt tropicale,volent
1700 espèces de papillons? C'est ce que viennent de découvrir deux
entomologistes américains; ils ont étudié ,entre autres, l'Anteros kupris
♂, au vol très rapide, qui vit sur la
canopée à la recherche de partenaires; ou Anteros renaldus
♂, dont les pattes semblent ornées de petits pompons. Certains imitent
l'apparence d'espèces dangereuses pour se protéger des prédateurs; ces
imitations ne sont pas toujours parfaites; c'est le cas pour le Stalachtis
phaedusa. Un Oleria quadrata ♂, aux ailes transparentes, butine un
Aster; cette fleur contient des alcaloïdes qui donnent au papillon un goût
désagréable; le mâle transmettra cette protection à la femelle lors de
l'accouplement.
Arguments en faveur du gradualisme :
Ces dernières années, de magnifiques transformations anagénétiques lentes et
graduelles de séries d'espèces ont été observées par les paléontologistes. On
apprend que, contrairement à ce que l'on a cru longtemps, les espèces voisines
se croisent facilement dans un si grand pourcentage de cas, en donnant des
descendants fertiles (ce qui remet sérieusement en question la notion même
d'espèce...), qu'il est impossible de penser que leur constitution ait été
souvent un phénomène brusque. De très nombreuses observations sont là confirmant
ce gradualisme de la spéciation. La spéciation est en général un phénomène
continu de vitesse très variable, ce qui à peut-être parfois trompé les
partisans du ponctualisme.
(D'après M. Delsol, 1995).
Les équilibres ponctués, ça existe aussi :
L'évolution n'est pas un long fleuve tranquille d'où
émergent, millénaires après millénaires, les espèces nouvelles. Elle peut aussi
s'emballer : un lézard de l'Adriatique en apporte une preuve des plus
éclatantes. 36 années ont suffi pour changer notablement la morphologie et les
moeurs du petit reptile,
Les lézards Podarcis sicula de l'île de Pod
Mracaru ne ressemblent plus à leurs ancêtres restés sur un autre îlot croate. En
36 ans, l'évolution a été fulgurante. Des mensurations précises le confirment :
ils sont plus grands d'environ 6 mm, leurs pattes plus courtes, ralentissent
leur course, leur tête est plus large et plus longue. pourquoi ces
transformations ? A cause de leur nouveau régime alimentaire, révélé par des
lavages d'estomac : jusque là principalement insectivores, ils mangent désormais
des plantes fibreuses; une nourriture plus abondante qui les a fait grandir et
rendus plus paresseux et plus paisibles.
mais aussi, découverte extraordinaire, le doter d'un organe digestif
totalement nouveau ! Certes, il ne s'agit pas encore d'une nouvelle espèce; mais
cette découverte n'en confirme pas moins que, contrairement à ce que les
biologistes pensaient encore il y a un demi-siècle, "l'évolution peut être
très rapide, sur des échelles de temps écologiques visibles par l'homme"
....
Gould avait donc vu juste : Si
cette fulgurance biologique passionne les biologistes de terrain, c'est aussi
que sa portée théorique n'est pas négligeable; car elle confirme de façon
éclatante la clairvoyance des célèbres paléontologues américains Stephen Jay
Gould et Niles Eldredge; en 1972, les 2 compères avaient jeté un pavé dans la
mare en affirmant que l'évolution fonctionnait par à-coups et non par une
accumulation lente et imperceptible de changements. Dans cette théorie dite des
"équilibres ponctués", les petites populations
isolées en périphérie de l'habitat "normal" de l'espèce jouent un rôle moteur;
constamment sur le fil du rasoir écologique dans un milieu à la limite des
tolérances de l'espèce, ces populations subissent une pression intense et
doivent s'adapter très vite, formant de nouvelles espèces. ....
(Ce très bon article complet dans le "Science et Vie" d'août
2008)
Le péril "jaune" :
Des quartiers résidentiels de Chicago et New York sont envahis actuellement par
le longicorne asiatique Anoplophora glabripennis, coléoptère qui a été trouvé
également, en moins grand nombre, dans des entrepôts de 12 états. Cette espèce
proviendrait de Chine et aurait été introduite avec le bois de cageots et de
palettes utilisés pour l'emballage et la manutention de divers produits
d'importation. Les dégâts sont tels que les Etats-Unis exigent que les chinois
traitent toutes leurs caisses d'emballage avant exportation, le département
d'état américain de l'agriculture redoutant une acclimatation sur certains
arbres des forêts américaines. Les agences de presse chinoises indiquent que ces
mesures entravent fortement le commerce entre les deux pays, déjà atteint par la
crise asiatique.
(The Economist, 1998)
Classé X :
En 1896, Henri Gadeau de Kerville publie un article sur
l'observation de moeurs pédérastes chez les hannetons; l'auteur signale qu'il y
a deux sortes de pédérastie : la pédérastie par nécessité qui résulte du simple
manque de femelles et la pédérastie par goût quand l'accouplement entre mâles se
produit en présence de femelles ...!
L'auteur donne ensuite des détails croustillants observés chez ces hannetons :
ces aimables insectes se livrent tout d'abord à quelques préliminaires; le mâle
jouant le rôle actif monte sur le dos du mâle passif et l'étreint de ses pattes,
puis se renverse sur le dos, les pattes plus ou moins repliées; ils ne tardent
pas à passer à l'acte et l'auteur nous révèle, dessin à l'appui que "celui qui
jouait le rôle actif dans la copulation avait son pénis solidement engagé dans
le cloaque de l'autre mâle..."!
L'auteur signale en outre qu'une des premières observations de pédérastie chez
les hannetons est due à l'Abbé Maze, en 1884, qui, après avoir longuement médité
sur le sujet, présenta une communication à la Sorbonne, publiée dans le Journal
Officiel (sans doute dans le but d'un appel à la protection des bonnes
moeurs...!).
L'entomologie criminelle
:
"Cependant, si la biologie moléculaire est
devenue un outil essentiel, des disciplines plus classiques
continuent d’apporter leur contribution. C’est, de façon
surprenante, le cas de l’entomologie, science qui étudie les
insectes. La première affaire criminelle résolue avec l’aide des
insectes date du treizième siècle en Chine lorsqu’un assassin
fut trahi par les mouches attirées par l’arme du crime, sa
faucille. Toutefois, les bases de l’entomologie criminelle ont
été posées en France à la fin du dix-neuvième siècle par le
vétérinaire Jean Pierre Mégnin (1828-1905) qui publia en 1894
La Faune des cadavres. Dans cet ouvrage, il décrivait les
huit vagues d’insectes qui se succèdent sur les cadavres en
décomposition et dont l’étude permet de dater, souvent
précisément, la date de la mort. Un autre chercheur, Yovanovitch,
avait publié dès 1888 des planches en couleurs décrivant ces
animaux nécrophages trouvés sur les cadavres. Depuis cette
époque, les connaissances se sont affinées, notamment par
l’utilisation de modèles animaux. Aux États-Unis, il existe même
une Body farm (ferme des cadavres) où ces phénomènes sont
étudiés directement sur des cadavres humains placés dans
différentes conditions alors qu’en France on préfère utiliser
des cadavres de porc considéré comme un modèle fiable."
A visiter :
http://www.univ-ubs.fr/ecologie/necrophages.html
Combien d'espèces d'insectes, combien d'espèces de Coléos. ? :
"Les insectes, ainsi que d'autres arthropodes terrestres, sont si importants que
s'ils disparaissaient, l'humanité ne pourrait probablement pas durer plus de
quelques mois. La plupart des amphibiens, reptiles, oiseaux et mammifères
connaîtraient l'extinction à peu près dans le même délai. Ensuite disparaîtrait
la plus grande partie des plantes à fleurs, et avec elle la base physique de la
plupart des forêts et des autres habitats terrestres du monde. La surface des
continents se mettrait littéralement à pourrir. Tandis que la végétation morte
s'entasserait et se dessécherait, ce qui stopperait les cycles des substances
alimentaires, d'autres formes complexes de végétation mourraient, et avec elles,
presque tous les vertébrés terrestres. Les champignons, après avoir connu une
explosion formidable, déclineraient rapidement, et la plus grande partie de
leurs espèces disparaîtraient. La surface des continents reprendrait
approximativement l'aspect qu'elle avait au début du paléozoïque : le sol serait
recouvert d'un tapis de végétation pollinisée par les vents, parsemé de petits
bouquets d'arbrisseaux et de buissons, et largement dépourvu de toute vie
animale.
Générateurs de vie, les arthropodes nous entourent donc de toutes parts, sans
que nous sachions leur nombre exact. Il y a beaucoup plus d'espèces que les 875
000 ayant reçu un nom scientifique à ce jour. En 1952, Curtis Sabrosky, qui
travaillait pour le ministère américain de l'Agriculture, avança l'hypothèse,
sur la base du flot de nouvelles espèces qui se déverse sans arrêt dans les
muséums, qu'il devait y avoir environ 10 000 000 d'espèces d'insectes, la
biodiversité des autres arthropodes restant inconnue. En 1982, Terry Erwin
tripla la mise, estimant qu'il devait y avoir 30 000 000 d'espèces
d'arthropodes, dont une grande majorité d'insectes, rien que dans la forêt
tropicale. La plus grande partie de cette biodiversité se trouve dans la
canopée. Cet étage de feuilles et de branches, au niveau duquel se réalise la
plus grande partie de la photosynthèse, était déja connu pour sa richesse en
variétés d'animaux. Cependant, il était resté inaccessible, à cause de la
hauteur des arbres, de la surface libre des troncs, et des essaims de fourmis et
de guêpes qui attendent les grimpeurs à tous les niveaux.
Pour surmonter ces difficultés, les entomologistes ont mis au point la technique
de la"bombe insecticide", consistant à envoyer, dans la cime des arbres depuis
le sol un nuage d'insecticide à action rapide, chassant les arthropodes de leurs
cachettes et les tuant. Ce protocole a été utilisé par Erwin en Amérique
centrale et méridionale, au cours d'interventions surtout nocturnes. Marchant le
soir dans la forêt tropicale humide, ils choisissaient un arbre, disposaient en
dessous de lui une série de bâches en entonnoir d'un mètre de large, reliées à
des flacons partiellement remplis d'alcool à 70%, liquide généralement employé
pour la conservation des spécimens. Le matin suivant, avant l'aube, au moment
où le vent tombait, l'équipe envoyait l'insecticide en l'air grâce à une sorte de
canon, et ceci, pendant plusieurs minutes. Puis les chercheurs attendaient
pendant cinq heures, tandis que les arthropodes morts ou en train de mourir
tombaient en pluie par milliers, nombre d'entre eux étant recueillis dans les
entonnoirs. pour finir, les spécimens ainsi collectés, étaient triés,
grossièrement classés en fonction des grands groupes taxonomiques et envoyés à
des spécialistes pour être étudiés de plus près.
Erwin lui-même a fait l'étude des coléoptères du couvert; il a effectué quelques
dénombrements sur un petit échantillon de forêt vierge du Panama, puis par
extrapolations successives, il a avancé une estimation du nombre total des
espèces d'arthropodes qui sont peut-être présentes dans les forêts tropicales
du monde entier. Il a donc recensé 163 espèces de coléoptères vivant
exclusivement dans la couronne des arbres d'une seule espèce d'arbre, Luehea
seemannii, une légumineuse. Il existe à peu près 50 000 espèces d'arbres
tropicaux en tout, de sorte que si Luehea seemannii est un exemple moyen, le
nombre total des espèces de coléos. tropicaux habitant le couvert forestier
serait de 8 150 000. Les coléoptères représentant environ 40% du total des
arthropodes. Si cette proportion est la même dans tout le couvert tropical, le
nombre d'espèces dans cet habitat doit être environ de 20 000 000 ; comme il y a
environ deux fois plus d'espèces d'arthropodes dans le couvert de la forêt
vierge que sur le sol, le nombre total d'espèces pourrait bien être de l'ordre de
30 000 000 pour la seule zone tropicale humide...".
("La Diversité de la Vie" de l'éminent Edward O. Wilson)
Plus récemment : Une étude semblable
mais plus récente, menée cette fois dans une forêt équatoriale humide de
Nouvelle-Guinée, porte cette estimation à 4 millions d'espèces d'insectes
seulement. Cette équipe de chercheurs a observé que la monophagie stricte, c'est
à dire la consommation par un insecte d'une seule espèce végétale, reste rare.
L'extrapolation est ainsi bien plus modérée. Il resterait quand même plus de 3
millions d'insectes à décrire et à nommer. Les entomologistes ont encore du pain
sur la planche.
A peu près la même information : Une
étude lancée par la NSF (National Science Foundation) et publiée dans Nature
relance donc le débat en avançant un chiffre de seulement 4 à 6 millions;
les recherches ont été basées sur des données relatives aux rapports entre 900
espèces d'insectes et 51 espèces de plantes des forêts de Nouvelle-Guinée. A
l'aide de savantes équations intégrant données écologiques et génétiques, les
chercheurs sont arrivés à ce nombre réduit par rapport aux estimations
précédentes.
Ces chiffres, très théoriques, risquent
malheureusement de ne jamais être atteints. En effet, les riches forêts
tropicales où se concentrent les plus gros bataillons des insectes sont partout
surexploitées pour le bois et pour laisser la place à de
médiocres terres agricoles devant la pression démographique engendrée par
l'augmentation (intolérable) de la population mondiale. Chaque jour qui passe,
des dizaines d'espèces d'insectes, mais aussi d'autres animaux, de plantes, de
champignons, de bactéries disparaissent à jamais. On dit que lorsque meurt un
Ancien en Afrique, terre de culture orale, c'est une bibliothèque qui brûle.
C'est un peu la même chose quand disparaît une espèce vivante. L'agencement
original de son matériel génétique, résultat de centaines de millions d'années
d'évolution, disparaît à jamais. Cette érosion régulière de la biodiversité,
sans comparaison par son ampleur avec les grandes extinctions de la fin de l'ère
primaire et de l'ère secondaire, est l'un des signes majeurs de l'influence
négative de la pression humaine sur la biosphère dont nous dépendons pour vivre.
Qu'on arrête de se
multiplier !!
Qu'on arrête de persécuter
les entomologistes qui essayent de capturer et de décrire le plus grand nombre
d'espèces avant qu'elles ne disparaissent !!
Combien d'espèces d'insectes
en Europe ? Et en France ?
On compterait environ 50 000 espèces en Europe et 36 000 en
France.
En France, environ 9 500 espèces de coléos (100 de Coccinelles, 1 000 de
Charençons), 8 000 espèces d'hyménos (plus de 1 000 espèces d'abeilles ...), 6
500 espèces de diptères, 5 000 espèces de lépidos (seulement
250 de jour ...), 3500 d'hémiptères, 90 espèces de libellules. 112
espèces sont protégées.
(Et 1500 espèces d'araignées en France).
Une journée mémorable :
Ce fut le 14 août 1944. Donc, quelques jours seulement avant
l'entrée dans Paris des troupes alliées.
A l'époque, quelques bons amis lépidoptéristes et moi, nous efforcions
d'utiliser systématiquement nos fins de semaine, ou autres jours de liberté, à
des excursions entomologiques aux environs de Paris. Les seuls moyens de
transport étaient alors le train et la byciclette.
"A quelque chose malheur est bon !" ... dit le proverbe, et de fait, on ne
rencontrait pratiquement personne dans ces déplacements. La nature était belle,
intacte, et les saisons de ces années 1942-1950 ont laissé en moyenne des
souvenirs entomologiques très satisfaisants
toujours est-il que ce fameux 14 août régnait une activité militaire assez
exceptionnelle, notamment dans le domaine aérien. D'importants mouvements des
troupes d'occupation avaient lieu vers l'est, et la veille - si mes souvenirs
sont exacts- nous fûmes avisés que seule la gare de Lyon serait ouverte au
public le lendemain, les 5 autres grandes gares devant restées fermées.
Or, il s'agissait par ailleurs d'une date parfaite pour nous rendre compte si le
fond du champ de tir de Fontainebleau hébergeait toujours - entre autres choses
- la lycène idas armoricana Oberthür. Ce fut également l'avis de mes bons
amis : le Dr. Henri Oberthür, son beau-frère, Georges Carlioz, et Gérard Nobel
tous trois disparus aujourd'hui hélas !! ...
Aussi gagnâmes-nous tous les quatre, au jour dit, la gare de Lyon sur nos vélos
que nous déposâmes à la consigne avant de prendre l'unique train quittant Paris
ce jour-là, avec Fontainebleau pour terminus (et qui, fort heureusement, devait
nous ramener le soir !! ...). Il n'y avait presque personne ... et nous ne
pouvions nous empêcher de regarder ce qui se passait dans le ciel !! ...
Arrivés à Melun, le train roulait au ralenti, et à moins de 100 m de la voie, la
queue d'un avion de chasse Messerschmidt tout fumant, sortait d'un petit
pavillon, sur lequel il venait visiblement de s'écraser ! Dieu veuille que les
habitants du pavillon aient été absents ! ...
A Fontainebleau, nous gagnâmes rapidement le carrefour de l'Obélisque pour
prendre à droite la route de Malesherbes, laquelle coupe le champ de tir. La
circulation militaire était assez intense. entre le carrefour et le champ de tir
- espace alors boisé - deux escouades de fusils mitrailleurs étaient "enterrées"
en position de tir de chaque côté de la route, et défendaient, en direction de
Malesherbes, l'accès du carrefour. un sous-officier s'exerçait au revolver sur
de vieilles boîtes de conserve placées sur une souche à quelques mètres de là.
Je dois avouer que lorsque nous les dépassâmes avec nos filets à papillons
déployés, nous nous jetâmes un coup d'oeil en coulisse, nous sentant un peu
gênés, et nous attendant vaguement à être interpellés ... Mais il n'en fut rien.
Nous tournâmes à droite 100 m plus loin, dans le champ de tir vers les buttes,
là où nous comptions trouver nos bestioles. Il faisait une de ces belles
journées d'été, sans grands nuages, et la densité des papillons était vraiment
très élevée ... mais l'activité aérienne de l'aviation de chasse était
continuelle et l'on entendait régulièrement les rafales de mitrailleuses - oh !
combien rapides ! - de combats aériens. La forêt devait flamber certainement un
peu, car de là où nous étions, on voyait dans deux directions s'élever au loin
des colonnes de fumée ...
Quoi qu'il en soit, ceux que nous étions venus chercher étaient au rendez-vous,
qui plus est en parfaite condition. D'autres spécialités du lieu comme les
satyres hermione et statilinus, ainsi que l'arethusa,
étai