Le Muséum National d'Histoire Naturelle
de Paris possède la plus importante collection d'insectes du monde avec environ 100
millions de spécimens.
En ce qui concerne les Rutelinae, il détient tous les types de Blanchard et de nombreux
types de Bates; cette Collection reste pour l'instant moins importante que celle du ZMHB
(Zoological Museum für Naturkunde der Humbold-Universität der Berlin) du fait du travail
considérable du Docteur Ohaus et des très nombreux types qu'il y a déposés; j'espère
néanmoins, par des ajouts constants, arriver à ce que la collection du MNHN devienne la
première du monde comme elle l'est déjà pour bien d'autres familles.
Pour plus d'informations : http://www.mnhn.fr/
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Dans les boîtes du
Muséum, 15 millions d'échantillons |
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Méditant sur le livre de Robert Louis Stevenson, "Le cas
étrange du Docteur Jekyll et de Mister Hyde", Vladimir Nabokov se rappela un
apologue chinois sur le thème de la métamorphose : "il y avait un philosophe
qui toute sa vie se demanda s'il était un philosophe qui rêvait qu'il était un papillon
ou un papillon qui rêvait qu'il était philosophe". Que dire en effet, devant
le spectacle de la nature, toujours recommencée ? La découverte de ses merveilles se
partage entre l'immensité d'un côté, l'infinitésimal de l'autre. Avec, à
l'extrémité de ces deux pôles, le penseur qui ne se sépare pas de ce qu'il perçoit.
Loin d'être une forme mineure de l'essai de compréhension des phénomènes,
l'entomologie tient une place privilégiée au nombre des sciences du vivant, depuis le
XVIIème siècle, avec, entre autres, la publication des gravures sur bois
d'insectes du Surinam de Maria Sylla Merian (1647-1717), puis le splendide Die
Schmetterlinge d'Esper (1777). De manière générale, à dater du milieu du XVIIIème
siècle, les savants ne recherchent plus à porter un message en travestissant la nature,
conçue comme un prétexte soit pour louer la divinité, soit pour exalter l'homme, mais
s'appliquent, au contraire, à l'analyser, en profondeur, à la manière d'un poème
parfait où tout prend sa place.
Au rebours du rationalisme hérité de Descartes, l'idée qui court les esprits, de
Maupertuis à Schelling, est qu'il existerait une échelle des êtres dont l'homme
constitue le chaînon le plus élevé, suivi des bêtes, des insectes, des plantes, des
pierres et des astres. La nature est comprise dans cette grande chaîne des êtres qui
mène de l'animal au minéral, en passant par le végétal.
On ne s'étonne plus de voir Rousseau rêver aux plantes au gré de ses promenades
solitaires, ni surtout Buffon réorganiser de fond en comble le jardin royal des herbes
médicinales, devenu, en 1793, le Muséum national d'histoire naturelle.








Le Muséum est un haut lieu du patrimoine mondial
A l'heure où la science ne sait plus à quelle planète se vouer, de Mars ou de Jupiter,
force est de constater que le legs de pensée que nous ont faits les hommes des Lumières
est d'une richesse incomparable. Les collections d'insectes du Muséum en font un des
hauts lieux du patrimoine mondial, avec près de 100 millions de spécimens conservés
dans 250 000 boîtes, alignées sur une trentaine de kilomètres de rayonnages.
- L'intérêt de nos collections ne le cède nullement à celui de Londres et de
Washington, explique Loïc Matile, directeur du laboratoire d'entomologie du Muséum. Pour
prendre un autre exemple, les collections de Saint-Pétersbourg seront sans doute plus
riches en insectes provenant de Sibérie, mais bien plus pauvres pour d'autres parties du
monde, comme l'Afrique tropicale. Notre richesse tient à ce que nous offrons des pièces
qui permettent de saisir une vision globale de la biodiversité.
Les collections du Muséum qui nous restent en parfait état datent en majorité du XIXème
et du XXème siècle, grâce aux expéditions coloniales, puis à l'apparition
des transports aériens. Dès les années 30, mercenaires du minuscule, des entomologistes
partent en Asie et en Afrique. En outre, ces dernières années, le raffinement de la
plupart des filets et l'apparition de nombreux pièges divers ont permis de multiplier par
10 les trophées d'insectes chassés. Ce qui n'empêche pas Loïc Matile de constater :
- On recense tous les ans de 4 000 à 5 000 espèces nouvelles. Il en existe encore au
bas mot, 10 millions voire 50 millions, inconnues de nous. Or, à cause de la disparition
de certaines forêts, des espèces entières, plusieurs fois millénaires, quittent la
terre à tout jamais, sans même que nous en ayons eu connaissance. Il s'agit de pertes
irréversibles. Qui sait ce qu'auraient pu nous révéler ces insectes défunts sur
l'évolution, donc sur nous-mêmes ?
L'intérêt de l'étude des insectes n'est pas seulement dans la découverte de beautés
qui faisaient éprouver à Vladimir Nabokov, au sujet des papillons, un "
frémissement de gratitude envers qui de droit - envers de tendres fantômes qui se
prêtent à tous les caprices d'un mortel heureux ". Mieux : grâce à une mémoire
génétique qui remonte à des millions d'années, les insectes nous renseignent de
manière irréfutable sur la dérive des plaques, l'expansion des continents ou la
formation des faunes.
- Par ailleurs, si on s'intéresse à l'évolution, précise Loïc Matile, il ne faut
pas oublier que les insectes forment le groupe le plus important. On ignore toujours
presque tout de la biologie de 98 % des espèces connues. L'étude de leur ADN est encore
embryonnaire. De même, ce ne sont pas moins de 15 millions d'échantillons du Muséum qui
attendent d'être étudiés. Quelles seront les révélations à venir ?
Et plus que l'état de conservation des collections, désormais sauves, c'est le manque
d'exploitation de ces trésors qui préoccupent Loïc Matile et les siens. L'importance de
continuer des travaux qui retinrent des esprits aussi divers que Roger Caillois ou
Frédéric Prokosch, ne fait pourtant aucun doute. A trouver hors de nous, une marque de
vie, expliquant pour partie la nôtre, nous éprouverons sans doute encore un peu de
l'émotion du philosophe chinois qui sait qu'il est un papillon et qui rêve qu'il est un
philosophe, ce "mortel heureux".
Pour plus d'informations : http://www.mnhn.fr/
La collection Oberthür :
La famille Oberthür est d’origine alsacienne. Le grand-père de René….contribua à mettre au point la « lithographie »…L’un de ses enfants, François-Charles…a l’idée de génie qui va changer le cours de sa vie et celle de ses descendants : il crée l’ « Almanach des Postes »…Pour des milliers de familles modestes, le « Calendrier des Postes » est le seul accès à l’art…Longtemps avant sa disparition, François-Charles avait associé ses deux fils, Charles et René, à son entreprise. Celle-ci emploie quelque 1000 personnes : l’imprimerie Oberthür, à Rennes, est l’une des entreprises les plus importantes de la région et la première imprimerie de France.
François-Charles
était amateur de papillons, notamment lycènes et zygènes….dont il avait réuni
une intéressante collection. Dès 1861, il la laisse à son aîné Charles… ;
parallèlement, il offre à son cadet, René,
quelques boîtes de coléoptères,
rassemblés un peu au hasard ; cela décide de la vocation de ce dernier qui sera
coléoptériste et entrera à la SEF en 1871…Les deux frères se livrent si
sérieusement à leur passion que leurs collections prennent, en une vingtaine
d’années, des proportions considérables. La maison familiale est envahie (on
connaît…). En 1884, François-Charles décide de faire construire à côté de
celle-ci un pavillon consacré à l’entomologie….Le soin du détail est poussé très
loin : les céramiques des toilettes sont également ornées de motifs
entomologiques ! Outre les deux frères, plusieurs préparateurs ou préparatrices
surveillent, entretiennent et classent les collections que les deux frères
cherchent à accroître le plus possible ; Pour cela, ils financent les voyageurs
naturalistes de leur époque : …. En outre, ils concluent un marché avec les
principales congrégations missionnaires :
en échange de la fourniture gratuite de tous les
imprimés nécessaires à leurs activités (bibles, missels, catéchismes, bulletins,
lettres paroissiales…), les missionnaires devaient récolter, ou faire récolter
par leurs ouailles, tous les insectes qui passaient à leur portée…
Outre les matériaux qu’il se procurait auprès des voyageurs et missionnaires,
René Oberthür pratiqua une politique d’achats à grande échelle…Surtout, il pu
acquérir presque toutes les grandes collections qui furent mises en vente
pendant sa vie…
En 1925, à la mort de Charles, le Muséum de Paris ne put pas se rendre acquéreur de sa collection de papillons, qui partit…à Londres. Désormais, le bâtiment de Rennes fut entièrement à la disposition de René. On lui prête l’exclamation suivante, assez peu fraternelle et certainement apocryphe : « Enfin, je vais pouvoir m’occuper de papillons !»…Pendant toute sa vie, René Oberthür occupa la plus grande partie de ses loisirs à travailler à sa collection ; il supervisait lui-même l’étiquetage, la détermination et le classement ; pour faire identifier cet énorme matériel, il avait recours aux spécialistes de toute l’Europe…
Pendant la seconde guerre mondiale, le Dr. Georg Frey, lui-même (très grand…) collectionneur de coléoptères, qui était alors officier dans l’armée allemande, eut soin que le bâtiment abritant la collection soit convenablement chauffé et entretenu. René Oberthür décéda le 27 avril 1944…René Jeannel, Directeur du Laboratoire d’Entomologie du Muséum, avait toujours gardé un œil sur les collections des deux frères ; il n’avait pas apprécié le départ des papillons de Charles vers le British ; mais enfin, ce n’étaient « que des papillons »… ! Après la guerre, il fit tout son possible pour que l’énorme corpus de René, cette « Collection des Collections », suivant le mot de Frey, puisse entrer dans le patrimoine national . Encore une fois, les Anglais menaçaient….Mais Jeannel put obtenir le classement de l’ensemble au titre de « monument historique », ce qui empêchait la sortie du territoire français. L’achat fut alors négocié avec la famille pour 32 millions de francs de l’époque, montant raisonnable compte tenu de ce qu’avait coûté la collection (20 fois plus, soit quelque 600 millions, disait-on alors), mais qui ne put pas être réuni au Muséum avant 1951….Le 13 décembre 1952, elle faisait son entrée au Laboratoire d’Entomologie, où elle fut installée au troisième étage du 45 rue Buffon, aménagé pour l’occasion. A son arrivée, elle comptait quelque 20 000 boîtes et 15 armoires, le tout renfermant au moins 5 millions de spécimens, y compris des dizaines de milliers de types. Mais seule une moitié de cet ensemble formait une collection proprement dite…, l’autre moitié n’était qu’un immense « magasin », renfermant 2 à 3 millions de spécimens non identifiés et non classés…Enfin, une grande Exposition entomologique fut organisée au Muséum, de mai à septembre 1953, pour commémorer cet évènement. Elle fut inaugurée par le ministre de l’Education Nationale, M. André Marie, qui remit à Chopard la Légion d’honneur. Ce fut la première, la dernière et la seule fois que la République française célébra solennellement l’entomologie, les coléoptères, leurs collections et leurs collectionneurs…
(Dans « le Coléoptériste » de juin 2004, « René Oberthür (1852-1944) et sa collection » par Yves Cambefort ; j’invite les lecteurs à se procurer l’intégralité de cet excellent article…).
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Comptez les papillons ! :
Les Français sont invités à recueillir un maximum de données pour alimenter
l'Observatoire des papillons des jardins, mis sur pied par le Muséum d'Histoire
Naturelle :
La chasse aux papillons est ouverte. Mardi 21 mars 2006, jour du printemps, tous
les Français seront officiellement appelés à ouvrir grand leurs mirettes pour
compter les lépidoptères ... L'objectif ? Recueillir un maximum de données pour
alimenter l'Observatoire des papillons des jardins, mis sur pied par le MNHN,
avec l'Association Noé Conservation et la Fondation Nicolas Hulot. 3Nous avons
besoin de toutes les bonnes volontés", lance le biologiste Romain Julliard,
responsable de ce programme du Muséum
La procédure est simple : il suffit de s'inscrire sur un site Internet (http://www.noeconservation.org)
pour recevoir un guide d'identification des principales espèces et une feuille
de comptage. Ensuite, installé sur un banc du parc des Buttes-Chaumont, à Paris,
ou dans le jardin de sa maison de campagne, on ouvre l'oeil pour repérer l'hespéride
de la mauve et ses petites taches blanches, l'amaryllis avec sa large bordure
brun sombre ou le flambé et son jaune pâle. Et on compte. Pendant 10mn ou 1
heure. Une fois par mois ou trois fois par semaine, peu importe. A la fin de
chaque mois, du printemps à l'automne, les participants saisissent leurs données
en remplissant un formulaire en ligne.
"Ce projet de Science citoyenne nous permettra de mettre en place un véritable
réseau de surveillance des espèces communes de papillons de jour", explique R.
Julliard. Très sensibles, ces lépidoptères servent en effet de précieux
indicateurs aux scientifiques. Pour mesurer la biodiversité, évidemment, mais
aussi pour détecter des effets du changement climatique : "On observe
actuellement une expansion du paon du jour dans toute l'Europe", note par
exemple le scientifique du Muséum.
Les papillons, décidément très utiles, sont également des témoins fiables de la
qualité des milieux naturels. "Leur abondance traduit la bonne santé d'un
jardin". Alors, pour les inviter chez vous, voici quelques recettes distillées
dans le guide qui accompagne cette opération : privilégier des combinaisons de
fleurs de couleurs jaune et mauve, dont ils raffolent; laisser tomber le gazon
et opter pour une pelouse composée d'un mélange de graminées et de trèfle;
planter des espèces locales et éviter l'emploi de pesticides. bref, devenez un
écojardinier. Et surtout n'oubliez pas d'ouvrir l'oeil
!
Un an à regarder voler les papillons des jardins français :
L'observatoire des papillons des jardins (OPJ) donne son
premier bilan après un an de fonctionnement :
C'est symboliquement le jour du printemps que le premier bilan de l'OPJ a
été rendu public; un rendez-vous que les organisateurs voudraient maintenir
chaque année à la même date. Cet observatoire a été lancé par le Muséum (MNHN),
l'Association Noé Conservation et la fondation Nicolas H ulot pour sensibiliser
le grand public aux enjeux de la biodiversité. Enjeux principalement liés aux
changements climatiques, à la politique agricole commune et au programme Natura
2000 qui ont une action sur la faune et la flore.
Partant du fait qu'en Europe 50 % des papillons de prairie avaient disparu en
quinze ans, l'Observatoire essaie de constituer un véritable réseau de
surveillance de la biodiversité. pour que le projet réussisse, il faudrait que
la France, qui n'a pas de grande tradition naturaliste comme la Grande-Bretagne
(hum !!!), les Pays-Bas ou les Etats-Unis, parviennent à mobiliser un public de
plus en plus large de volontaires. A titre d'exemple, en Grande-Bretagne, 20 000
bénévoles parcourent chaque année 2 861 aires d'observation; alors qu'en France,
si environ 15 000 observateurs se sont inscrits sur le site Internet de l'OPJ (www.noeconservation.org),
seuls 5 000 à 6 000 d'entre eux y participent régulièrement.
Les premiers résultats de l'OPJ sont intéressants; ils se concentrent sur 28
espèces de papillons communs parmi les plus répandus alors qu'il en existe 260
espèces de jour et 4 827 de nuit; d'ores et déjà, ils indiquent que le nord du
Bassin Parisien (Picardie) compte en moyenne 10 espèces recensées par commune,
contre 19 pour le sud-ouest du Bassin (Beauce). La côte du Languedoc présente
une richesse inférieure à celle de la Côte d'Azur.
Bassins miniers incriminés :
Dans certaines régions, comme le bassin du Creusot et L'ouest de la Moselle, les
bassins miniers sont incriminés pour justifier le faible nombre de papillons.
Dans la région parisienne, c'est le tissu urbain. Alors que pour d'autres zones,
comme le nord de la Dordogne, les Hautes-Pyrénées, le sud de l'Alsace et le nord
de la Franche-Comté, l'explication nécessitera des analyses supplémentaires.
Il a également été observé que le cycle de vie des papillons
comme l'aurore se déroule entre avril et juin tandis que la belle -dame est
visible d'avril à octobre; cette donnée témoin permettra de faire des
comparaisons durant les années suivantes, d'observer d'éventuels décalages et de
les corréler avec les phénomènes météorologiques, notamment.
Par ailleurs, certains papillons, comme le brun du pélargonium, une espèce
invasive venant d'Afrique du Sud, se propage vers le nord.
Forts de ces renseignements qui seront complétés dans les
années à venir, les jardiniers en herbe devraient adopter des comportements plus
favorables aux papillons et à l'environnement. Les jardins français représentent
plus d'un million d'hectares, soit environ 2 ù de la surface de la France.
Sensibilisées depuis 3 ans à ce sujet, les Côtes d'Armor ont installé 100
hectares de refuges à papillons grâce à l'Association Vivarmor.
(Le Figaro des 24-25 mars 2007)
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La Maison des Papillons :
C'est au 45 de la rue Buffon que se trouve la troisième
collection de papillons du monde. L'endroit est magique, composé d'une
succession de salles semi-obscures, où s'alignent des murs entiers de tiroirs en
bois précieux, d'armoires de rangement, de casiers, de vitrines et de rayonnages
contenant des milliers d'écrins. Ce cabinet de curiosités
est le domaine exclusifs des chercheurs. Il ne se visite pas. Il rassemble plus
de 3 millions de spécimens, surtout des imagos étalés et conservés à sec,
mais aussi de nombreuses chenilles et chrysalides ainsi qu'un ensemble de 45 000
préparations microscopiques. L'essentiel des insectes
provient de collections privées comme celle, classée monument historique
et riche en papillons exotiques, de Mme Aimée Fournier de Horrack.
C'est le Professeur Jacques Pierre qui règne sur ce petit monde avec trois
spécialistes des lépidoptères rattachés au Muséum, sa femme Claude,
technicienne, et deux fidèles assistantes, Rose et Marguerite, "mes deux fleurs"
comme il aime à les appeler. Homme de terrain - ses expéditions l'ont conduit
aux quatre coins du globe - , mais aussi darwiniste convaincu, philosophe par
extension, poète à ses heures, cet homme, avec ou sans filet, est passionné et
passionnant. Les insectes sont un matériau privilégié pour
étudier l'origine et la biodiversité des espèces car ils représentent 90% du
monde animal. Passionné, Jacques Pierre voltige d'une théorie de l'Evolution
à l'autre, d'observations in natura en découvertes de laboratoire. Il fourmille
d'anecdotes, s'enthousiasme pour ses bestioles et se pose un milliard de
questions. savez-vous comment les monarques du Mexique, ces papillons migrateurs
qui parcourent des milliers de kilomètres entre le Canada et les forêts du
Michoacan, ont réussi à survivre tout en agitant leurs ailes striées d'orange et
de noir à la barbe des oiseaux ? Tout simplement en cessant de devenir
comestibles ! L'étude de ces insectes se révèle passionnante, d'autant que
l'existence de ces graciles invertébrés est fragilisée par la modification de
leur milieu naturel. Le réchauffement climatique, la destruction massive des
forêts, et bien sûr, la pollution, les mettent en danger. Si leur environnement
est saturé de pesticides, les papillons, qui se nourrissent de nectar,
s'empoisonnent et deviennent stériles. Dans les zones de culture où l'on rase
tous les bosquets, haies, friches et bords de route, ils ne trouvent plus ni
plantes nourricières ni lieux où pondre. Pour Jacques
Pierre, la protection de certaines espèces n'est pas la bonne solution, elle
engendre la contrebande et empêche les scientifiques de faire leur travail. Seul
le maintien des habitats a un sens pour la sauvegarde de la faune.
Quant au commerce des papillons, il est essentiel aux
chercheurs qui n'ont ni le temps ni les moyens de se procurer les plus rares.
Autrefois, quelques riches collectionneurs avaient recours à des correspondants
sous les tropiques, souvent des pères missionnaires ou des planteurs qui
formaient des indigènes à la capture des papillons.
Aujourd'hui, des chasseurs indépendants publient des catalogues sur Internet
et fournissent les amateurs privés en spécimens souvent trop coûteux pour les
collections nationales (ajout Soula : mais les collections privées finissent tôt
ou tard dans les collections nationales !). C'est pourquoi
Jacques Pierre soutient le développement des fermes d'élevage afin d'inciter les
populations autochtones à protéger leur environnement et donc à sauvegarder les
papillons. Sur la côte kényane, près de Malindi, la forêt Sokoké, dont
les espèces endémiques sont particulièrement prisées, est aujourd'hui protégée.
Au Mexique, l'élevage des lépidoptères de couleur blanche
prend son envol avec les lâchers de papillons qui remplacent celui des colombes
à l'occasion des mariages et autres célébrations.
Malgré l'abondance du travail qui reste à
fournir, les entomologistes spécialistes du sujet sont, eux aussi, une espèce en
voie de disparition.
(Dans "ELLE" de novembre 2007)
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Une si vieille nouvelle espèce :
"Dans notre métier, on voyage régulièrement; mais bien souvent, c'est en traversant le couloir qu'on découvre de nouvelles espèces". Thierry Deuve, entomologiste au Muséum d'Histoire naturelle depuis 1989 parle d'expérience. Conservée dans la collection de coléoptères du Muséum (ndlr : la plus importante du monde), l'une des dernières espèces qu'il a décrite - Brachinus solidipalpis, un carabique de la Famille des Bombardiers - attendait qu'on veuille bien l'étudier depuis ...1843 ! D'après l'étiquette qui les ornait, les sept spécimens existants ont été collectés à Manille (Philippines). Depuis, plus aucune trace d'eux dans la nature. Les bombardiers vivent en forêt et, aujourd'hui, il ne reste plus guère d'arbres dans la capitale philippine, l'une des villes les plus peuplées du monde. Deux hypothèses : soit l'espèce a bel et bien disparu, soit elle vit discrètement dans une autre forêt de cette région. "Même si l'on sait que la déforestation et l'usage des pesticides sont à l'origine de beaucoup d'extinctions d'insectes, nous n'avons pas la preuve formelle de la disparition de B. solidipalpis", assure T. Deuve, résolument optimiste. La destruction d'un coléoptère a-t-elle tant d'importance, dans un Ordre qui en compte des centaines de milliers ? "Oui, car c'est ça la biodiversité. Les différences entre ces espèces peuvent être de l'ordre de celles qui existent entre la panthère et le jaguar : c'est énorme, mais seuls les entomologistes les voient". La preuve, c'est que les carabiques ont fait parler d'eux dans la première moitié du XXème siècle : l'étude de leur répartition en Asie du sud a servi à défendre la Théorie de Wegener sur la dérive des Continents. Du coléoptère aux mouvements des terres, il n'y avait qu'un pas.
(National Geographic, juin 2008)